Une minuscule double-page

Posted by Mathilde  avril 12, 2019  No Comments »

Lorsque j’évoquais, dans cet article sur une page inspirée d’un psautier-livre d’heures de la fin du XIIIe siècle, le challenge qu’avait représenté la réalisation des petits animaux logés dans les rinceaux, j’étais à mille lieues de me douter que j’irai encore plus loin dans le défi du minuscule. C’est aujourd’hui chose faite avec cette double-page s’inspirant d’un livre d’heures issu du même courant stylistique que ma précédente réalisation.

Pourtant ici, les personnages sont moins élancés et les rinceaux des bordures apparaissent moins foisonnants. Cette simplification des décors est due aux dimensions minuscules du manuscrit, puisque chaque folio ne mesure que 43 mm sur 58mm. Ces manuscrits minuscules (également appelés nains) pouvaient être facilement transportés par leurs propriétaires qui pouvaient les porter à la manière d’un talisman ou dans les plis de leurs vêtements. La reine Jeanne d’Evreux possédait ainsi un livre d’heures minuscule (92 x 62mm) réalisé à Paris entre 1324 et 1328 par Jean Pucelle, tout comme Anne de Bretagne dont les Très Petites Heures (66 x 46 mm) ont été réalisées vers 1498 (Ms. BnF NAL 3120).

Photo extraite d’Enlumineurs messins du XVe siècle, p. 57. Les couleurs sont bien plus jaunes que sur l’original, que j’ai consulté à la BnF.

Conservé à la Bibliothèque nationale de France, le livre d’heures qui m’a servi de modèle est adapté à la liturgie du diocèse de Metz. Son état est malheureusement lacunaire et seules deux initiales historiées subsistent, représentant l’Arrestation du Christ (en ouverture des Laudes de l’Office de la Vierge) et la Crucifixion (ouvrant l’office de Sexte).

C’est cette dernière que j’ai reproduite, à la même échelle (l’initiale en elle-elle-même mesure 20 x 25 millimètres). Autant dire que les visages de la Vierge, de Jean et du Christ m’ont causé quelques sueurs froides! En les réalisant j’ai eu une énorme pensée pour l’enlumineur qui, il y a 700 ans de cela, devait faire de même, mais avec un rythme de travail bien plus soutenu. 

La palette de couleur utilisée est sensiblement la même que celle du psautier-livre d’heures Metz BM 1588, de même que le traitement franc des plis des vêtements. J’avoue apprécier toujours autant ce style et prendre un véritable plaisir à m’en inspirer. La prochaine consistera à l’intégration de cette double-page dans un livre d’heures complet, mais il s’agit d’un travail de longue haleine!

Journées du patrimoine 2018

Posted by Mathilde  octobre 10, 2018  No Comments »
D’année en année nos ateliers prennent de plus en plus d’espace…

Une Vierge à l’Enfant

Posted by Mathilde  mai 23, 2018  No Comments »

ette page enluminée tient une place particulière parmi mes réalisations puisqu’elle puise son  inspiration dans l’un de mes manuscrits préférés, que j’ai pu tenir entre les mains et analyser à plusieurs reprises. Il s’agit d’un psautier-livre d’heures réalisé dans la dernière décennie du XIIIe siècle et destiné à la dévotion personnelle d’une laïque du diocèse de Metz. Acquis en 1996 par la bibliothèque municipale de Metz, cet ouvrage de dévotion est le chef-d’œuvre d’un ensemble composé de plusieurs manuscrits réalisés dans les ateliers messins vers 1290 ainsi que d’une charte enluminée destinée à l’abbaye Sainte-Glossinde de Metz, datée de 1293. Les décors des manuscrits issus de ce groupe se caractérisent notamment par des encadrements se terminant par des spirales, des motifs de fleurettes blanches à 5/6 pétales ainsi que des personnages aux petites pommettes rouges très marquées.

 

 

Aux dix-sept grandes initiales historiées ouvrant les différentes parties du Psautier et les heures liturgiques des Offices, s’ajoutent de très nombreuses petites initiales présentant des personnages en prière ainsi que des bas-de-page animés par de foisonnantes drôleries présentant des scènes de la vie quotidienne (chasse, bergers,…), des êtres hybrides ou des animaux. J’ai jeté pour ma part mon dévolu sur le folio 183, présentant le début de l’Office de la Vierge, élément central du livre d’heures. Cet office s’ouvre sur une grande initiale S abritant une Vierge à l’Enfant devant laquelle une femme, probablement la destinataire du manuscrit, se tient en prière. En réponse à sa supplication, le Christ dépose une couronne, symbole du Salut, sur la tête de la femme. Le jeu des regards entre les figures sacrées et la femme met également l’accent sur la réciprocité de la dévotion et sa finalité.

 

 

Dans les rinceaux en spirale de la partie inférieure de l’encadrement, trois chiens poursuivent un lapin qui se cache dans le feuillage. Aux vues des dimensions réduites du psautier – livre d’heures (100 x 135 mm), tout ce petit monde ne mesure que quelques millimètres, ce qui a été un sacré challenge à reproduire. Imaginez le travail de l’artiste original qui a réalisé un livre entier d’enluminures de ce type !

 

 

La réalisation de cette page a été un véritable plaisir de par la délicatesse qui se dégage des personnages et l’intensité des couleurs. Elle m’a également permis de déceler certains aspects que je dois travailler afin de m’améliorer.  J’ai beaucoup aimé peindre le fond bleu carroyé, avec ses nombreux petits détails blancs et rouges. Le fait d’avoir pu tenir le manuscrit entre mes mains m’a permis également de distinguer les différents types d’or utilisés: de la feuille d’or appliquée sur une assiette bombée pour le manteau de la Vierge et de l’or à la coquille pour de plus petits détails comme la couronne que tient le Christ. J’ai vraiment apprécié de m’inspirer de cette page car ma façon de peindre se rapproche du style de cet atelier. Je vais donc essayer, pour de futures réalisations, de puiser encore dans les œuvres, nombreuses et variées, qui en sont issues.

 

 

 

 

L’intégralité de ce manuscrit est visible sur la Bibliothèque virtuelle des manuscrit médiévaux (BVMM) via ce lien.

Journées du patrimoine 2017 avec les Citains

Posted by Mathilde  septembre 23, 2017  No Comments »
A l’occasion des journées européennes du patrimoine nous avons installé nos ateliers au Musée de la   Cour d’Or de Metz, en compagnie des autres membres de l’association Les Citains. Nous avons accueilli 4000 visiteurs sur l’ensemble du weekend pour leur présenter divers artisanats (enluminure, reliure) et aspects de la vie quotidienne (architecture, banque et change, cosmétique et hygiène, défense de la cité). 

 

Dans la cour du grenier de Chèvremont 

 

A l’étage noble de l’hôtel de la famille Le Gournay, datant de la fin du XIIIe siècle.

L’atelier du relieur

 

D’autres photographies de cet événement sont visibles via cet album Flickr ou sur la page Facebook de l’association Les Citains.

Blogroll