Une Vierge à l’Enfant

Posted by Mathilde  mai 23, 2018  No Comments »

ette page enluminée tient une place particulière parmi mes réalisations puisqu’elle puise son  inspiration dans l’un de mes manuscrits préférés, que j’ai pu tenir entre les mains et analyser à plusieurs reprises. Il s’agit d’un psautier-livre d’heures réalisé dans la dernière décennie du XIIIe siècle et destiné à la dévotion personnelle d’une laïque du diocèse de Metz. Acquis en 1996 par la bibliothèque municipale de Metz, cet ouvrage de dévotion est le chef-d’œuvre d’un ensemble composé de plusieurs manuscrits réalisés dans les ateliers messins vers 1290 ainsi que d’une charte enluminée destinée à l’abbaye Sainte-Glossinde de Metz, datée de 1293. Les décors des manuscrits issus de ce groupe se caractérisent notamment par des encadrements se terminant par des spirales, des motifs de fleurettes blanches à 5/6 pétales ainsi que des personnages aux petites pommettes rouges très marquées.

 

 

Aux dix-sept grandes initiales historiées ouvrant les différentes parties du Psautier et les heures liturgiques des Offices, s’ajoutent de très nombreuses petites initiales présentant des personnages en prière ainsi que des bas-de-page animés par de foisonnantes drôleries présentant des scènes de la vie quotidienne (chasse, bergers,…), des êtres hybrides ou des animaux. J’ai jeté pour ma part mon dévolu sur le folio 183, présentant le début de l’Office de la Vierge, élément central du livre d’heures. Cet office s’ouvre sur une grande initiale S abritant une Vierge à l’Enfant devant laquelle une femme, probablement la destinataire du manuscrit, se tient en prière. En réponse à sa supplication, le Christ dépose une couronne, symbole du Salut, sur la tête de la femme. Le jeu des regards entre les figures sacrées et la femme met également l’accent sur la réciprocité de la dévotion et sa finalité.

 

 

Dans les rinceaux en spirale de la partie inférieure de l’encadrement, trois chiens poursuivent un lapin qui se cache dans le feuillage. Aux vues des dimensions réduites du psautier – livre d’heures (100 x 135 mm), tout ce petit monde ne mesure que quelques millimètres, ce qui a été un sacré challenge à reproduire. Imaginez le travail de l’artiste original qui a réalisé un livre entier d’enluminures de ce type !

 

 

La réalisation de cette page a été un véritable plaisir de par la délicatesse qui se dégage des personnages et l’intensité des couleurs. Elle m’a également permis de déceler certains aspects que je dois travailler afin de m’améliorer.  J’ai beaucoup aimé peindre le fond bleu carroyé, avec ses nombreux petits détails blancs et rouges. Le fait d’avoir pu tenir le manuscrit entre mes mains m’a permis également de distinguer les différents types d’or utilisés: de la feuille d’or appliquée sur une assiette bombée pour le manteau de la Vierge et de l’or à la coquille pour de plus petits détails comme la couronne que tient le Christ. J’ai vraiment apprécié de m’inspirer de cette page car ma façon de peindre se rapproche du style de cet atelier. Je vais donc essayer, pour de futures réalisations, de puiser encore dans les œuvres, nombreuses et variées, qui en sont issues.

 

 

 

 

L’intégralité de ce manuscrit est visible sur la Bibliothèque virtuelle des manuscrit médiévaux (BVMM) via ce lien.

Journées du patrimoine 2017 avec les Citains

Posted by Mathilde  septembre 23, 2017  No Comments »

A l’occasion des journées européennes du patrimoine nous avons installé nos ateliers au Musée de la   Cour d’Or de Metz, en compagnie des autres membres de l’association Les Citains. Nous avons accueilli 4000 visiteurs sur l’ensemble du weekend pour leur présenter divers artisanats (enluminure, reliure) et aspects de la vie quotidienne (architecture, banque et change, cosmétique et hygiène, défense de la cité). 

 

Dans la cour du grenier de Chèvremont 

 

A l’étage noble de l’hôtel de la famille Le Gournay, datant de la fin du XIIIe siècle.

L’atelier du relieur

 

D’autres photographies de cet événement sont visibles via cet album Flickr ou sur la page Facebook de l’association Les Citains.

Le carnet de Villard de Honnecour

Posted by Goscelin  octobre 20, 2016  4 Comments »

 

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Lors de notre animation lors des Journées européennes du patrimoine à la porte des Allemands, j’ai présenté un atelier différent de mon habituel atelier de relieur : pour expliquer le contexte du bâtiment que nous occupions, et surtout qui étaient les hommes qui l’avaient construit, j’ai présenté le métier de maître d’œuvre au travers de différents outils de mesure. C’est dans ce cadre que j’ai conçu un livre inhabituel dans un atelier de reliure : un fac-similé, reproduisant jusqu’aux découpes irrégulières du parchemin, des carnets de Villard de Honnecourt.

 

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Villard de Honnecourt naît au début du XIIIe siècle en Picardie, la région même où se développe une nouvelle architecture,  l’opus francigenum, que nous appelons aujourd’hui architecture gothique. Ce mouvement dont Villard a été le témoin est loin de se limiter à la construction : la science, la technique et l’art sont alors également en profonde mutation. C’est dans ce contexte que Villard a rempli ses carnets de dessins, notes et plans qui sont un miroir des nouveautés de cette époque.

 

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Il semble que Villard fut maître d’œuvre, voyageant à travers l’Europe pour trouver l’inspiration (on trouve dans ses carnets des références à la Hongrie ou à la Suisse) comme beaucoup de ses collègues. Mais personne n’a pu lui attribuer avec certitude la paternité d’une construction, et il se pourrait bien qu’il ne fut qu’un simple amateur éclairé. Quoi qu’il en soit, ces carnets sont un rare exemple des connaissances et des centres d’intérêts d’un intellectuel du XIIIe siècle. On peut y trouver aussi bien des dessins (portraitures) de sujets religieux ou d’animaux sauvages, des plans d’édifices existants ou des projets de construction, des représentations de mécanismes ou encore des « astuces » permettant de mesurer la hauteur d’une tour ou la distance d’un point éloigné et inaccessible.

 

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De toute évidence, ces carnets sont des notes personnelles ou destinées à un cercle restreint. Les feuillets, remplis de dessins à la plume, sont des chutes de parchemins, présentant souvent des imperfections (trous, bords irréguliers…) et n’ont pas à la base été prévus pour être reliés, amenant parfois à des personnages tête en bas ou à des scènes coupées en deux par le pli de reliure. Ce n’est que plus tardivement que les feuillets ont été réunis en cahiers et reliés, peut-être du vivant de Villard. L’ouvrage nous est parvenu après avoir transité entre de nombreuses mains, dont certaines ont ajouté leur signature ou quelques dessins (notamment au XVe siècle), et ont parfois été jusqu’à couper certaines pages qui n’ont jamais été retrouvées. Le carnet est aujourd’hui conservé à la BNF, qui en a mis en ligne une présentation très intéressante.

 

 

La reliure qui nous est parvenue n’est évidemment pas aussi ancienne que les feuillets qu’elle contient. Dans ma reproduction, j’ai choisi de faire une reliure souple, en cuir à rabat, sur laquelle les cahiers sont fixés à l’aide de lanières de parchemin en nœuds de capucin (comme dans cette précédente réalisation) pour insister sur l’aspect « carnet de voyage ». Il n’est pas impossible que Villard aie procédé de cette manière, ajoutant de  nouveaux feuillets de parchemins au fur et à mesure qu’il les complétait.

 

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Pour aller plus loin: 

Jean Wirth, Villard de Honnecourt, architecte du XIIIe siècle (2015) – Disponible en ligne en Open Access

Alain Erlande Brandenburg et al, Le carnet de Villard de Honnecourt d’après le manuscrit conservé à la Bibliothèque nationale de Paris (1991)

Site de la BNF sur les cathédrales et Villard de Honnecourt 

Fête des mays à Rettel

Posted by Mathilde  août 15, 2016  No Comments »

Comme à l’accoutumée nous sommes retournés à Rettel, dans la maison de la dîme pour la traditionnelle fête du 1er mai. Nous avons profité de cet événement pour évoquer les festivités liées au mois de mai à l’époque médiévale dans notre région.

En effet, au cours de ce mois et afin de fêter le renouveau de la nature, les communautés se réunissaient  dans les bois afin d’y couper des branchages ornés de feuillage, appellés « mays« . Une fois rentrés en ville ou au village, ces frondaisons servaientt à décorer les portes et les fenêtres des maisons, mais aussi les autels des églises, chapelles et oratoires. Cette pratique est notamment décrite par le messin Jehan Aubrion dans son Journal pour l’année 1499 : il indique qu’à l’occasion des processions du Saint-Sacrement  « furent les autelz parés et les may par les rues ».

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Nos sommes donc allés  dans les bois cueillir ces fameux « mays » et nous avons orné la façade de la maison de la dîme, ainsi que la grand’ salle de ces branchages afin d’annoncer à tous la venue tant espérée du printemps!

Voici quelques photographies de cette belle journée, qui fut notamment l’occasion de revoir des amis de longue date.
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D’autres photographies sont visibles sur l’album photo de cet événement ici.

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