Atlas historique de Metz

Posted by Mathilde  décembre 08, 2013  No Comments »
Atlas historique de Metz

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En cette fin d’année, un projet auquel nous tenons beaucoup vient enfin de se concrétiser : en effet l’Atlas Historique de Metz, ouvrage auquel Goscelin et moi avons eu la chance de participer est désormais disponible dans les librairies.

Atlas 2Cela fait maintenant quatre ans que toute une équipe travaille sur ce projet afin de faire découvrir à un large public l’histoire de la ville de Metz, de la Préhistoire à nos jours. Pour notre part nous avons essentiellement travaillé sur l’époque médiévale, période de grand essor tant économique que culturel. Plus de 80 cartes viennent compléter le propos, ainsi que des documents d’archives, des éléments archéologiques ou des œuvres d’art. Certains monuments emblématiques de la cité sont également présentés via des images de synthèses, les faisant ainsi figurer durant l’Antiquité et le Moyen-Age.

Cet ouvrage est désormais disponible dans toutes les libraires messines ainsi que sur la plate-forme fnac.com et permettra, je l’espère, aux lecteurs de se familiariser avec le passé de Metz.

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Voici un aperçu d’une notice ainsi que la table des matières. Bonne lecture!

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Les étapes de fabrication d’un manuscrit médiéval

Posted by Mathilde  janvier 22, 2013  3 Comments »

Voici une initiative très intéressante du Fitzwilliam Museum de Cambridge, qui à mis en ligne depuis peu une animation présentant les différentes étapes de fabrication des manuscrits médiévaux. Pour ce faire, ils se sont basés sur un manuscrit de leur collection, resté en partie inachevé et qui n’est autre que le Pontifical de Renaud de Bar dont je vous ai déjà parlé ici.

Pour expliquer les différentes techniques (préparation du parchemin, copie du texte, peinture, dorure et reliure) des photos ou des vidéos d’artisans réalisant la copie d’un folio de ce manuscrit illustrent chaque étape.  Bonne visite ! (cliquez sur les images pour y accéder) .

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http://www.fitzmuseum.cam.ac.uk

Sancta Barbara ora pro nobis

Posted by Mathilde  janvier 11, 2012  No Comments »


 Sainte Agnès et sainte Barbe

Lorsque que l’on est habitué à peindre des enluminures, il est parfois déconcertant de peindre sur des surfaces plus grandes car on perd quelques-uns de ses repères et ses petites habitudes de travail. Adieu pinceaux en martre d’une grande finesse et bonjour pinceaux en soie de porc ! Mais le travail de réajustement et d’adaptation à de nouvelles contraintes techniques est très stimulant. C’est ce qui m’est arrivé dernièrement lorsque j’ai décidé de reproduire sur un grand panneau de bois une enluminure issue du Livre d’images de Madame Marie (pour en savoir plus sur ce manuscrit c’est ici). Il s’agit d’un portrait de sainte Barbe, vierge martyre universellement célébrée au Moyen-Age.

A l’occasion d’une journée médiévale au Musée de la Cour d’Or le 4 décembre, jour de sa fête, je devais présenter la légende de cette sainte (ou plutôt les différentes versions de sa légende) particulièrement honorée dans la ville dont elle fut plus tard la patronne. Afin d’avoir un support visuel, nous avons peint avec Goscelin en une petite semaine un panneau de bois (50×30 cm) la représentant, flanquée d’une tour et tenant la palme des martyrs. Placée sur une table et entourée de patenôtres, de bougies et d’un psautier, cette peinture m’a permis d’évoquer l’histoire de la sainte, tandis qu’autour de moi l’ambiance d’une taverne médiévale était recréée par mes comparses. Bref, une excellente occasion d’évoquer cette légende maintes fois modifiée au fil des siècles !

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Patenôtres, bougies et psautier : tout est prêt pour conter la légende de sainte Barbe!

 La légende de sainte Barbe :

panneauIl s’agit ici d’une compilation de différentes légendes hagiographiques (La passio prima , La passion de sainte Barbe par le diacre Pierre ou encore la Légende dorée).


Au temps de l’empereur Maximin, le proconsul Marcien gouvernait la ville de Nicomédie. C’est là que vivait Barbe, fille d’un païen, Dioscore qui possédait de grandes richesses. Devant partir en voyage, il fit construire une tour pour mettre sa fille à l’abri des convoitises. Cette dernière, qui était chrétienne de cœur et s’était fait baptiser en secret par un disciple d’Origène, fit modifier le plan de construction de la tour : deux fenêtres avaient été prévues pour la tour,  Barbe en exigea une troisième, afin d’honorer la Sainte-Trinité. Lorsque son père revint de voyage, il fut furieux et décida de la tuer de son épée. Barbe se mit à prier et Dieu fit s’entrouvrir  les murailles et la transporta sur une montagne où deux bergers faisaient paître leurs brebis. L’un des bergers alla trouver son père pour le prévenir, ce qui
provoqua la colère de Dieu qui changea ses brebis en sauterelles. Lorsque Dioscore retrouva sa fille, il la traîna par les cheveux et la mena devant le proconsul Marcien qui lui demanda 
d’abjurer. Mais Barbe refusa et fut suppliciée : on la frappa sans ménagement à coups de nerf de bœuf mais elle ne ressentait nulle souffrance.  Le lendemain, le proconsul lui fit subir les pires attrocités : il ordonna qu’on lui brûla les côtes avec des torches allumées,  qu’on lui frappât la tête à coups de marteau et qu’on lui coupât les mamelles, mais rien n’y faisait, Barbe ne semblait pas ressentir la douleur. Dioscore ordonna que sa fille soit exhibée, sans vêtement, dans toute la ville. Barbe implora le Seigneur qui voilà le ciel de nuages et couvrit la terre de brume, afin que personne ne puisse voir la nudité de la jeune fille.  Excédé, Discore se saisit d’elle et la mena dans la montagne, où il lui trancha lui-même la tête. A cet instant, le feu du ciel tomba sur lui et il fut pulvérisé par la foudre.

Le culte de sainte Barbe :

1588f169rCe culte s’est très largement répandu en Orient et en Occident. On doit à Bède le Vénérable (VIIIe siècle) , dans son Maryrologe, d’avoir fixé la fête de sainte Barbe au 4 décembre. En Occident, le culte de sainte Barbe s’est solidement implanté en Belgique, dans les Pays-Bas et dans la France du nord et de l’est. En 985, des reliques passèrent de Rome à Gand. La Rhénanie a été également particulièrement dévote à cette sainte, ainsi qu’en Westphalie. Ce prestige s’explique par le fait que cette sainte passait pour éviter la mort subite dite « male mort ». L’origine de cette croyance provient sans doute de l’anecdote de son père, mort foudroyé. A Metz, il y avait, dans la crypte de la cathédrale de Metz, un autel dédié à la sainte et son culte se développe au XIIIe siècle. On trouvait également des reliques de cette vierge martyre à l’abbaye Saint-Arnoul. En 1473, sainte Barbe devint la patronne du pays messin, qui possédait un sanctuaire célèbre près de Metz. Les Messins l’invoquaient contre toutes les calamités qui affligeaient la cité.

 

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A quelques pas de là, Goscelin et Lydie tentent d’apprendre les échecs à Héloise.

Sexe et enluminure

Posted by Mathilde  septembre 14, 2010  4 Comments »

C’est sous ce titre un brin racoleur que j’ai envie de vous présenter un manuscrit ainsi que deux enlumineurs, qui me tiennent particulièrement à cœur, à savoir Richard et Jehanne de Montbaston, couple de la 1ere moitié du XIVe siècle. J’ai croisé leurs noms au fil de mes lectures sur les enlumineurs parisiens et je les avais déjà évoqués dans l’un des mes articles, au sujet de la structure des ateliers d’enlumineurs laïcs ( à voir ici). Mais leur destinée, ainsi que les magnifiques (et parfois étonnants) manuscrits sortis de leur atelier, méritent de s’y attarder un petit peu, notamment l’un des Roman de la Rose conservé à la Bibliothèque Nationale et aujourd’hui feuilletable en ligne.

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Richard et Jehanne, une petite entreprise familiale :

C’est grâce à un serment prêté à l’Université en juillet 1353 que l’on connaît ce couple d’enlumineurs parisiens, qui officiait rue Neuve-Notre Dame face à la façade de la cathédrale, sur l’île de la Cité. De part des relevés d’impôts, on sait que l’atelier de Richard de Montbaston, « illuminator » et libraire, était déjà actif à Paris avant 1338, mais c’est seulement en 1353 que le nom de son épouse, Jehanne, apparaît. Et pour cause : Richard meurt cette même année et Jehanne se retrouve seule à la tête de l’atelier. C’est donc à cause de son veuvage que Jehanne apparaît dans les documents officiels, en tant qu’« illuminatrix libri jurata universitatis », c’est-à-dire d’enlumineresse et de libraire-jurée (ce qui signifie qu’elle prêtait un serment rédigé par l’université de Paris et contenant l’obligation d’observer les règlements édictés par cette dernière).  Cette mention ne montre bien la place occupée par les femmes dans le monde des libraires parisiens de cette époque : actives mais invisibles, sauf lorsqu’elles deviennent veuves (la même situation se retrouve dans le livre de la Taille de 1288 avec l’ « enluminerresse » (sic) Ameline de Berron succédant à son époux).

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Un atelier prolixe :

De l’atelier des Montbaston sont sortis au moins 50 manuscrits enluminés, surtout en langue vernaculaire. On y compte pas moins de 19 copies du Roman de la Rose, un exemplaire du « Bestiaire d’amour » ou encore du « Pèlerinage de la vie humaine ». Voici l’un de leurs manuscrits, un Roman de la Rose particulièrement intéressant à plusieurs niveaux que je vous invite à feuilleter via ce lien de la BNF.

Deux enluminures de bas de page de ce manuscrit BNF fr. 25526 sont particulièrement intéressantes de par les personnages représentés. Au  recto, sur la première, on peut voir un couple d’enlumineurs, la femme broyant des couleurs et l’homme écrivant sur une feuille de parchemin, assis à un scriptionale. Au verso de ce folio, on retrouve ces mêmes personnages, travaillant à des lettrines dans un atelier où les pages achevées sèchent à des tiges suspendues. En admirant le détail de ces scènes, on ne peut s’empêcher de penser que ce couple d’enlumineurs représenté à deux reprises soit un double autoportrait de Jeanne et de Richard, même en l’absence de preuve. En tout cas l’idée est fort séduisante.

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Sexe et satire au fil des pages :

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Une analyse stylistique tend à démontrer que Richard était mieux formé que sa femme dans l’art de l’enluminure. Cette dernière  a- peut-être appris son métier dans l’atelier paternel ou celui de son mari. Néanmoins les manuscrits sortis de l’atelier durant le veuvage de Jehanne relèvent d’un très grande maîtrise de l’art pictural mais aussi d’une grande liberté dans le choix des motifs ornant les marges. Au fil des pages du Roman de la Rose BNF fr. 25526 (que vous pouvez feuilleter ici même), on peut être surpris par le nombre d’allusions sexuelles et satiriques, issues en partie des thèmes des fabliaux. Ainsi, on découvre tour à tout une nonne cueillant des pénis sur un « arbre à pénis » puis embrassant son amant qui n’est autre qu’un moine, une autre menant un moine par son pénis, et bien des scènes de copulation. Et ces décors marginaux prennent une bonne partie de leur sens lorsqu’on les compare au texte du Roman de la rose et aux initiales historiées représentant tous les archétypes de l’amour courtois : ces deux registres d’illustration fonctionnent en miroirs inversés, les marges étant un détournement des thèmes chers à la fin’amor.

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  Bibliographie :

lien feuilletage Robert et Mary Rouse, Illerati et Uxorati : manuscripts and their makers – Commercial book producers in medieval Paris.

Michael Camille,  Images dans les marges : Aux limites de l’art médiéval.

Kouky Fianu, Familles et solidarités dans les métiers du livre parisiens au XIVe siècle ( article disponible via la base Persée ici)

Florence Colin-Goguel, L’image de l’Amour charnel au Moyen Âge (dont un extrait des pages 177-178 se trouve ici)

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