De l’usage et de l’aspect des patenôtres

Posted by Mathilde  juin 05, 2011  2 Comments »

Après avoir réalisé mon propre chapelet médiéval (voir ici), je me suis attelée à la réalisation de plusieurs autres objets de ce type, pour les membre de mon association, suivant le revenu et le statut de leurs personnages. Cela me permet, lorsque les conditions météorologiques ne me permettent pas de sortir notre atelier d’enluminure, d’expliquer l’usage et les aspects de ces objets de dévotions personnelles. Certains patenôtres très luxueux n’ont été réalisés que dans le but d’expliquer les matières et les usages, car aucun de nous ne pourrait arborer un objet aussi coûteux.

 

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Les patenôtres sont l’équivalent médiéval de nos chapelets. Ce sont sans conteste l’élément d’ornement, voir même de joaillerie, le plus présent dans toutes les couches de la population, des clercs aux laïcs. Bien entendu, dans le choix d’un tel objet, l’aspect esthétique ne vient qu’après la symbolique et l’usage religieux.

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La pratique d’utiliser des perles comme moyen mnémotechnique pour compter le nombre de prières prend naissance dans les monastères, où certains membres illettrés (convers, frères lais), étaient incapables d’apprendre par cœur le Psautier en latin (contenant 150 Psaumes). On  leur impose donc la récitation d’un certain nombre de Pater Noster.  Vers 1150, la récitation de l’Ave Maria en lieu et place du Pater Noster devient de plus en plus répandue et l’idée d’adresser 150 ou 50 Ave à la Vierge Marie s’impose rapidement.

amethyste

La structure même du Paternoster découle de cet usage : on adopta donc très communément un procédé pour compter en multiples de cinquante. On trouve ainsi des patenôtres à  50, à  100 ou à 150 perles.

 

Les matériaux utilisés pour la réalisation de ces objets sont très variables, en fonction du souhait du propriétaire et de sa richesse.  Ainsi, les plus pauvres pouvaient avoir des cordelettes de chanvre ou de lin nouées, tandis que les plus riches pouvaient arborer de véritables œuvres d’orfèvres, en matériaux précieux (argent, or, rubis, émeraude, saphir, diamant, perle, jaspe, cristal de roche, ivoire, nacre, etc.). Les chapelets d’ambre et de verre étaient plus communs, et la grande majorité était en os ou en bois. On trouve d’énormes quantités de déchets dus à la fabrication de perles dans les métacarpes de bœufs ou dans du bois. Des perles de verre servaient à imiter des matériaux nobles comme le corail ou la nacre, mais avec une certaine fragilité et un poids accru.

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Très souvent, les matériaux étaient très variés sur un même patenôtre et les perles n’était pas toutes de la même forme (on retrouve  ainsi sur un même objet des perles en forme de losange, de carré, de cylindre, de disque ou d’anneau). Quant à la forme du chapelet en lui-même, deux types coexistent : la patenôtre linéaire et celle en forme de boucle. Suivant le modèle, les extrémités sont ornées d’une ou plusieurs pampilles de lin, de laine ou de soie.

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Les propriétés mystiques et les superstitions liées aux matières naturelles entraient également en considération pour les plus aisés. Certains lapidaires, à l’exemple de celui de Marbode écrit au XIe siècle, attribue aux différentes pierres des effets. Ainsi l’améthyste préviendrait de l’ivresse, le corail fortifierait le cœur et l’émeraude aiderait à combattre l’épilepsie.

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A Metz, l’usage de patenôtres pour la piété personnelle est attesté au moins depuis le début du XIVe siècle puisque l’on trouve plusieurs figures de femmes priants à l’aide de cet objet dans un Livre d’Heures réalisé vers 1305.

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Un bas-relief représentant des donateurs, datant de la fin du XIVe siècle et provenant également de la cité messine montre plusieurs personnages possédants des chapelets (la photographie est cliquable pour être plus lisible).

donateurs

Bibliographie :

– A. Gottschall, Prayer Bead Production and use in Medieval England, University of Birmingham.

– A. Winston-Allen, Stories of the Rose: The Making of the Rosary in the Middle Ages, University Park – Pennsylvania.

– G. Egan & F.Pritchard,  Dress Accessories c. 1150-c.1450, (fouilles archéologiques de Londres).

– E. Crowfoot, F. Pritchard & K. Staniland,  Textiles and Clothing, c.1150-c.1450, (fouilles archéologiques de Londres).

Un peu d’imagination et une bonne dose d’archives…

Posted by Mathilde  février 15, 2011  8 Comments »

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Cela fait quelques temps que j’ai mis le nez dans les archives de la cité de Metz pour y trouver quelques informations sur les enlumineurs locaux, dans le but de comprendre leur cadre de vie. Grâce aux rôles des bans (des rouleaux qui mentionnent les transactions immobilières pour la dernière décennie du XIIIe siècle) l’on peut découvrir la profession et les patronymes de nombreux habitants de la ville. Plusieurs enlumineurs y sont mentionnés, avec leur mode de vie, leur niveau de richesse, leurs relations avec leur voisinage et ces petits détails du quotidien sont peu à peu devenus ceux de l’image que je me fais de « mon » enlumineresse, m’amenant à créer une biographie fictive. Il s’agit d’un amusant jeu d’esprit, qui d’autant plus m’aide à « accessoiriser» ce personnage, à l’ancrer dans un contexte précis et d’évoquer des personnages réels (comme Maistre Gerairs ou Jean Darainnes, enlumineurs avérés dans les sources historiques). De son côté Goscelin s’est prêté également au jeu et voilà notre version de la vie qu’auraient pu avoir des enlumineurs à Metz vers 1300…

 Mathilde

Goscelin

Un gambison pour un milicien

Posted by Mathilde  novembre 08, 2010  No Comments »
La milice de la cité:

A l’époque médiévale, la cité de Metz se dote de diverses structures pour assurer sa défense. Ainsi, la ville engage périodiquement des soldoyeurs, de véritables mercenaires rémunérés en fonction de leur armement. Mais les bourgeois, les manants et même les gens d’église habitants la cité, ont également obligation de la défendre. Tous composent la milice de la ville. Les plus riches combattent à cheval, le simple artisan ou le laboureur à pied, mais chacun d’eux doit se pourvoir, à ses propres frais, des armes nécessaires. En temps de paix, le service demandé aux habitants se réduit à la garde des portes et à des rondes sur les murs pendant la nuit.

Le gambison:

Nouveauté de cette saison, Goscelin commence à se constituer une tenue de milicien messin . Car en temps que bourgeois (c’est-à-dire habitant) de cette cité, il doit consacrer une partie de son temps à la protection de Metz. Outre le fauchon et l’arbalète qu’il possédait déjà, la nouvelle pièce majeure de cet équipement est désormais son gambison, totalement cousu main.

Gambison

La partie externe est en lin tissé très solidement et l’intérieur est constitué de plusieurs couches de drap de laine, très efficace contre les lames. Certaines zones plus sensibles ont plus de couches de laines que d’autre pour une meilleure protection : épaules, torse et dessus des bras. Le tout est surpiqué au fil de lin pour former plusieurs bourrelets et ce travail nous a pris deux mois (à tour de rôle). La protection de cou, qui aurait pu être cousue au corps, est ici est indépendante : rectangle gamboisé muni d’œillets et d’une cordelette en guise de système de fermeture, ce col forme une « minerve » très efficace et, paraît-il, très agréable à porter.

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Même s’il reste de nombreux accessoires à confectionner ou à acheter, je trouve qu’il a déjà fière allure. Un fourreau de son fauchon et des gants de cuir sont en cours de fabrication.

 

Du nouveau dans la garde-robe : une robe en laine à chevrons

Posted by Mathilde  novembre 07, 2010  8 Comments »

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Maintenant que je l’ai étrennée durant toute une saison, j’ai décidé de vous parler de ma nouvelle robe en laine. Tout a commencé par un véritable coup de coeur pour ce coupon en tissage twill qui forme des chevrons de différentes nuances de couleur. En consultant l’ouvrage Textiles and Clothing, je me suis vite rendu compte que ce type de tissage était courant à la fin du XIIIe siècle. Je me suis donc lancé dans la confection de cette robe, contente de mettre fin à l’hégémonie des tissus unis de ma garde-robe médiévale!

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Ensuite, j’ai recherché des sources me permettant de cerner la silhouette d’une robe de riche artisane dans la première décennie du XIVe siècle à Metz, où les influences françaises et germaniques se mêlaient dans le costume. Pour ce faire, je me suis tout d’abord inspiré de la statuaire des portails de la cathédrale de Strasbourg (1280 — 1290), d’un manuscrit français de La Somme le roi où l’on distingue le boutonnage au col et aux poignets, du Codex Manesse et du gisant d’Irmgard von Berg (exécuté vers 1308 – 1309).

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Pour le choix de la coupe de ce vêtement, je suis resté sur un patron basique mais j’ai néanmoins réduit l’ampleur du buste et ajouté des boutons à l’encolure ainsi  qu’aux manches, ce qui donne une robe plus typée extrême fin du XIIIe siècle — première décennie du XIVe siècle. De même, les manches sont très resserrées aux poignets, ce qui colle davantage à la silhouette féminine aux alentours de 1300. Pour le boutonnage, j’ai choisi des boutons de bronze et le col est orné d’une broderie aux fils de soie représentant des rinceaux de fleurs. Quant aux manches, une simple broderie (en point avant) vient rappeler les couleurs de celles présentes sur le col.

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Au final, je suis plutôt satisfaite du rendu de cette robe, qui est ma première robe en laine. Elle est certes perfectible mais j’aime particulièrement de tombé et les plis de ce tissu souple et lourd, ainsi que les jeux de couleurs venant du tissage en chevrons jaunes et bordeaux. Une ceinture de soie réalisée au tissage aux cartes viendra s’ajouter un peu plus tard à l’ensemble…

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