Le retour de l’hiver messin…

Posted by Mathilde  janvier 15, 2010  4 Comments »

 

L’an dernier, à la même saison, je regrettais de ne pas m’être confectionné des vêtements chauds et confortables pour affronter notre magnifique hiver messin (article à voir ici). Malgré le manque de sources sur certains éléments, j’ai décidé cette année de m’équiper convenablement et d’adopter la fameuse « tactique de l’oignon » consistant à accumuler épaisseurs de lin et de laine. Peu avant Noël, et profitant de la neige abondante, nous nous sommes rendus en bonne compagnie aux abords des remparts de Metz, à la porte des Allemands. Ce fut une excellente occasion pour tester les vêtements d’hiver, qui se sont révélés très confortables et chauds.

Ainsi, au-dessus de ma robe de lin bordeaux, je peux désormais porter un surcot sans manche, en laine bleue doublée de lin, comme l’on peut voir dans l’une des marges d’un manuscrit messin du début du XIVe siècle. J’ai trouvé plusieurs occurrences pour ce type de surcot dans le manuscrit Metz BM 1588 ainsi qu’au portail central de la cathédrale de Strasbourg (une vierge folle). Il s’agit de l’ancêtre du surcot « à porte d’enfer », dont vous pouvez voir l’évolution sur le blog de Perline (à voir ici).

 

montagesurcot

Mon ancienne fermeture de cape (une bande de tissu) s’est révélée vraiment peu pratique à l’usage car elle m’occupait toujours une main et ne fermait pas suffisamment. Une solution beaucoup plus pratique et confortable s’est proposée à moi par le biais de la statuaire et des sources iconographiques : une fermeture par boutonnage, comme sur cette statue d’une vierge sage du portail central de la cathédrale de Strasbourg (1280-1290) ou ce portrait d’une donatrice réalisé par le maître du Graduel de St. Katharinental (réalisé vers 1312). Mon personnage évoluant également dans une aire d’influence germanique aux alentours de 1300, cette solution m’a parut convenable et j’ai ainsi fermé cette cape par 5 boutons d’étain.

 

montagecape

 

Après plusieurs tentatives de voiles de diverses formes et matériaux, je n’ai pas trouvé de coiffe pratique qui protège suffisamment du froid, de la pluie ou de la neige. Même si mon voile d’étamine de laine me tiens chaud, je n’ai encore pas la dextérité nécessaire pour le fixer correctement en cas de grand froid ou de vent.

Malgré un manque de sources pour les chaperons féminins vers 1300, j’ai tout de même opté pour cet élément, sachant que des travailleuses en portent dans la bible de Maciejowski (mi-XIIIeme siècle) et qu’un chaperon boutonné apparaît dans le De Lisle Psalter, réalisé en Angleterre vers 1310. Il s’agit donc là d’une pure spéculation qui me permet, au moins, de ne pas attraper de pneumonie.

 

Enfin, grâce à Goscelin qui s’est révélé être un excellent gantier amateur, j’ai désormais une paire de gants en drap de laine blanc qu’il m’a totalement cousu à la main. J’ai rajouté une petite broderie en laine marron, au point d’arêtes. Il s’agit d’un prototype, des gants en cuir viendront prochainement, d’ailleurs Goscelin s’est réalisé sa propre paire de gants en cuir blanc, dont voici les photos, avec quelques sources iconographiques. J’attends les miens avec impatience, il seront en chevreau écru.

 

compogants

 

Une robe de travail

Posted by Mathilde  avril 01, 2009  9 Comments »

A la demande d’Hydromel, qui, il y a peu,  me laissait un commentaire me demandant de plus amples informations sur les vêtements de travail que j’ai réalisés pour mon séjour à Guédelon, je mets ici quelques photos et des liens concernant la robe à manches amovibles, que l’on retrouve à plusieurs reprises sur la Bible de Maciejowski. Ce manuscrit a été réalisé dans la 1ere moitié du XIIIe siècle, ce qui correspond à la période de construction du château. Après, le choix d’une robe de ce type, s’est bien vite imposé du fait des travaux que j’allais mener : teinture de laine, fabrication de tuiles, etc.… donc de nombreuses activités où mes manches ne devaient pas gêner ou se retrouver imbibées d’eau ou d’argile.


Le patron de cette robe est un simple patron en T, la différence se faisant au moment de la couture des manches, qui ne sont cousues que sur 15 cm à l’arrière. A toutes les étapes de sa fabrication je me suis référée à l’article d’Hémiole sur les robes à manches dépassées. Enfin, j’ai réalisé une seconde version de ma coiffe de travail. C’est ainsi vêtue que j’ai pu arpenter le chantier. Les manches dépassées ont été une véritable plus-value dans ce costume, donnant une vraie liberté de mouvements et permettant de ne pas salir les manches.

 

Liens:

La robe à manches dépassées d’Hémiole.

Les miniatures de la Bible de Maciejowski.

Une patenôtre…

Posted by Mathilde  janvier 18, 2009  5 Comments »

Afin de compléter ma tenue de bourgeoise messine du début du XIVe siècle, je me suis penchée sur certains accessoires. Le chapelet a retenu mon attention car je l’ai retrouvé à deux reprises sur des miniatures du manuscrit Metz BM 1588 (feuilletable ici) , auquel mon personnage est sensé être contemporain. Après quelques recherches sur le sujet, je me suis décidé pour la fabrication d’une « patenôtre » ( ce terme vient du vieux français patenostre, dérivé des mots latins pater noster) en os et en corail, car ces matériaux sont très courants à l’époque. Elle compte 74 perles, tout comme un chapelet complet retrouvé lors de fouilles en Irlande. Les perles d’os ne sont pas totalement sphériques car leur mode de production ne permettait pas encore, aux alentours de 1300 de leur donner une rotondité parfaite. Enfin, une pampille de soie rouge vient compléter le tout.


Origine et usage à l’époque médiévale :

 

L’usage de rangs de perles comme moyen mnémotechnique pour répéter des prières est une pratique très ancienne. Dans certaines relions orientales, elle remonte à plusieurs milliers d’années. Pour le Christianisme, la première référence à ce système de comptage de prières remonte à l’ermite Paul d’Egypte, qui au IVe siècle emplissait les pans de ses vêtements de 300 petites pierres qu’il manipulait en répétant ses prières. Au VIIIe siècle, des prières répétitives commencèrent à être données comme pénitence. Il s’agissait le plus souvent du Pater Noster et, dans les communautés monastiques, des 150 Psaumes. A partir du XIIe siècle, avec l’essor du culte marial, on commença à introduire l’Ave Maria, qui donnera plus tard le Rosaire.

 

Les diverses sources :

Au niveau archéologique, ces objets de dévotion personnelle sont les éléments de joaillerie les plus courants et ils étaient utilisés aussi bien pas les clercs que par les laïcs. Les fouilles de Londres (réalisées entre 1974 et 1988) ont mis à jours de nombreuses perles isolées qui pourraient appartenir à ce type d’objet. En Irlande, le Waterford museum possède les deux plus anciens chapelets d’ambre conservés. Le premier est incomplet et se compose de 16 perles de formes diverses. Le second est l’un des rares exemples de chapelets complets : il se compose de 74 petites perles circulaires et de 9 grosses perles et fait 248 mm de long.

Amber Pater Noster, Waterford Museum of Treasures Collection, Ireland

Large Amber Pater Noster, Waterford Museum of Treasures Collection,
Ireland

Les variations des tailles des perles suggèrent la division pour les différentes prières, mais les intervalles nous sont inconnus, car aucun patenôtre ne nous est parvenu enfilé. Les fouilles de Londres tendent à montrer que les cordons étaient le plus souvent en soie, mais l’on a quelques traces de cordons en laine, en coton, en lin, en corde ou en ruban.  Il est à noter que dans ces mêmes fouilles londoniennes un cordon tubulaire tissé en soie datant de la fin du XIVe siècle à été découvert. Un autre chapelet complet a été trouvé dans la tombe de la comtesse Ela de Salisbury, enterrée en 1261 au couvent Augustinien de Lacock. Son corps était accompagné de perles 29 perles d’ambre bleue, blanche et jaune et de verre turquoise.
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Les miniatures sont également une source précieuse pour voir des patenôtres dans leur intégralité ainsi que leur forme. Pour ma part, je me suis inspiré de deux figures de femmes en prière issues du manuscrit Metz BM 1588, datant du début du XIVe siècle. Ces dernières portent des chapelets en forme de boucle, terminés par un pompon. Une autre miniature montre l’autre forme coexistante : un rang de 38 perles terminé aux deux extrémités par deux pompons. Ce manuscrit de 1353 provient de Silésie (Pologne) et illustre un récit hagiographique sur sainte Hedwige.
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Les matériaux et la fabrication :
Les Patenôtres les plus humbles étaient réalisées en corde nouée. Pour l’Europe du nord, les matériaux les plus utilisés sont le bois et l’os. D’ailleurs d’énormes quantités d’os découpés pour la réalisation de chapelets ont été trouvé dans dépotoirs d’ateliers à Bâle et Constance. Vers 1300, la fabrication de perles était plus « domestique » que professionnelle. Il s’agissait d’une production à petite échelle et les perles, fabriquées à l’aide d’un tour à archet dans les os long de bovidés, étaient plus souvent des anneaux que des sphères. Aux alentours de 1400, la forme des perles d’os changea car le choix des os se porta sur les métatarses du pied des bovins, où il est plus facile de faire des sphères. C’est à partir de cette époque que la production de chapelets augmenta considérablement. Ces perles en os étaient généralement d’un très petit diamètre (4-6 mm) mais l’on trouve également quelques perles d’un diamètre un peu plus élevé (7-12 mm), ce qui tend également à prouver l’existence d’une division des prières entre les Pater Noster et l’Ave Maria.

La méthode de fabrication en os et bois visible sur une miniature de 1484 représentant un fabricant de 
patenôtre au travail, utilisant un simple tour à archet. Il a, suspendu devant lui, un cordon droit se terminant par deux pompons, une boucle de 10 perles, et plusieurs autres boucles comprenant entre 20 et 50 perles.

A Paris, ces artisans étaient organisés en guildes (métiers), différents suivant la matière première utilisée. Ainsi, pour Paris en 1260, le livre des métiers d’Etienne Boileau recense 3 branches de patenotriers : une pour les fabricants de chapelets en os et/ou corne, une autre pour ceux de corail et de nacre et enfin la dernière pour ceux d’ambre et de jais.

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Les perles de patenôtres pouvaient revêtir diverses formes, comme le montrent la première enluminure issue du manuscrit Metz BM 1588 ainsi que les chapelets d’ambre conservés en Irlande. Certes la majorité des perles étaient de forme ronde mais parfois des perles en forme de losange pouvaient être utilisées, ainsi que des éléments cylindriques, des disques ou des anneaux.

 

Comme le montrent cette même miniature, la tombe de la comtesse Ela de Salisbury ainsi que le règlement des métiers d’E. Boileau, de nombreux matériaux étaient utilisés pour composer un même chapelet : on trouve ainsi parfois des graines, des noix, de l’os, de la corne, des coquillage, du bois, du verre, de l’argile, de la nacre, de l’or, de l’argent, des perles d’émeraude, de saphir, de diamant, de jaspe, de cristal de roche et d’ivoire. L’ambre et les pierres semi-précieuse étaient couramment utilisés, notamment pour marque la séparation entre les décades (rangs de 10 perles), tout comme le corail.  Les matériaux des perles étaient choisis pour leur beauté mais aussi pour les propriétés mystiques attribuées aux pierres : ainsi l’améthyste était sensée protéger de l’ivresse, le corail renforcer le cœur et l’émeraude combattre l’épilepsie. Le corail était s’en doute l’élément semi-précieux le plus populaire, car il combinait une grande légèreté, une couleur symbolique (symbolisant peut être le sang, la destinée et le pouvoir de la Pentecôte) et il passait pour protéger du « mauvais œil ».

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Bibliographie :

– A. Gottschall, Prayer Bead Production and use in Medieval England, University of Birmingham.

– A. Winston-Allen, Stories of the Rose: The Making of the Rosary in the Middle Ages, University Park – Pennsylvania.

– G. Egan & F.Pritchard,  Dress Accessories c. 1150-c.1450, (fouilles archéologiques de Londres).

– E. Crowfoot, F. Pritchard & K. Staniland,  Textiles and Clothing, c.1150-c.1450, (fouilles archéologiques de Londres).

 

Une robe de bourgeoise messine de la fin du XIIIe siècle

Posted by Mathilde  janvier 02, 2008  No Comments »

Comme vous le savez, mon personnage est une artisane, enlumineresse, résidant en la ville de Metz à l’extrême fin du XIIIe siècle et au début du XIVe siècle. C’est pourquoi j’ai décidé d’utiliser les sources messines disponibles (enluminure et statuaire) pour réaliser ce costume, qui sera amélioré au fur et à mesure. En voici les différents éléments dans sa première mouture:

  • Une robe en lin bordeaux: Cette robe a été réalisée à partir d’un patron basique en T avec des godets de part et d’autre, afin de donner plus d’ampleur. Pour donner une plus grande liberté de mouvement, des losanges d’aisance sont placés sous les aisselles. Un amigaut permet de d’ajuster le col et il se clôt par un fermail de laiton. Le col est orné de broderies en laine fine rose pâle (des rinceaux de feuilles et de fleurs d’après les décorations marginales des manuscrits de cette période).  Ce type de vêtement est montré à plusieurs reprises dans les manuscrits de Renaud de Bar et est extrêmement courant à l’époque. La taille est ajustée par une fine ceinture de cuir, à la boucle et au mordant en laiton également. Dans un futur plus ou moins proche, je pense que j’opterai pour une ceinture en galon. 

  • Une aumônière de lin brodé de laine est accrochée à la ceinture : on y trouve la représentation d’un léopard inspiré des broderies des vêtements liturgiques de Göss. Ce médaillon est à rapprocher des plafonds peints du Voué, réalisés à Metz à la même époque (l’article concernant l’aumônière est ici).

 

  • Par dessus cette robe, un mantel circulaire de drap de laine vert et doublé de lin naturel peut être placé sur les épaules. Il est maintenu par une bande de drap cousu de chaque côté du col. Ce mantel peut être porté de plusieurs façons : laissé pendu des deux côté des épaules  il peut également être drapé.

 

  • De nombreuses coiffes féminines sont visibles dans les manuscrits de Renaud de Bar. Parmi celles-ci, la crépine ou résille a été choisie car récemment les artisanes
    textiles de l’association « Les Arachfai » (leur blog ici) en ont réalisées de magnifiques. La mienne a été réalisée en soie et maintient les cheveux sur l’arrière de la tête. Un cerclet, en galon, vient également se placer sur cette coiffe pour orner l’ensemble.

 

Bien entendu ce costume est voué à évoluer ou être modifié au fil des expériences et des découvertes. Des éléments nouveaux viendront sans doute s’y ajouter pour « accessoiriser » d’avantage la tenue, car ce sont dans certains petits détails que l’on personnalise une tenue. D’autres vêtements viendront également la compléter, en fonction des saisons (surcot, chaperon, gants, etc.) ou des envies.

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