Guédelon 2008 : le retour !


 

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Comme chaque année au milieu de la période estivale nous programmons, Goscelin et moi un séjour en temps que « bâtisseurs » sur le chantier médiéval de Guédelon. Pour moi il s’agit de ma 2eme année [récit de la 1ere édition ici] tandis que Goscelin accumule les séjours depuis la création du site. Il s’agit pour nous d’une véritable coupure dans notre quotidien, d’une courte période de « mise au vert » qui permet de recharger les batteries et de repartir de bon pied vers la vie courante. C’est également une occasion d’approcher et de s’essayer (plus ou moins bien) à divers corps de métiers, ce que je n’ai pas manqué de faire. C’est donc vêtus de nouveaux costumes inspirés de la bible de Maciejowski (dont certaines miniatures servent de sources pour les outils de construction du château) que nous avons commencé par une très agréable visite du lieu, afin de voir l’impressionnante évolution du château en moins d’un an : désormais, certaines grandes fenêtres géminées de la façade du logis sont en place, le chemin de ronde et ses créneaux également. Les murs de la camera, la chambre seigneuriale, sont déjà très élevés et les cheminées du logis sont presque achevées, c’est vraiment magnifique ! Quant aux charpentiers, ils s’attellent à la fabrication des fermes (charpentes) du logis.

           

                   Cheminée du logis(aula)                                       Elévation du logis et de la tour maîtresse

Après cette visite nous nous préparons à rejoindre l’un des postes disponibles : j’ai entendu dire que Bruno, le tuilier, avait fort à faire puisqu’il doit mouler et cuire les 5000 tuiles demandées pour couvrir la camera d’ici la fin de l’été. Après de chaleureuses retrouvailles avec les artisans de la forêt, je me dirige vers la tuilerie et j’apprends progressivement à mouler les tuiles, à modeler leurs ergots et à vérifier leur solidité. Le rythme est assez soutenu  mais le travail de l’argile est agréable, même s’il faut parfois la battre assez fort. C’est avec plaisir que j’apprends des tours de main de Bruno et que je réponds aux visiteurs. Le tuilier m’annonce alors qu’il a effectué une cuisson la semaine précédente et que le lendemain doit être consacré au défournage. Chose dite, chose faite, le jour suivant je m’attèle à retirer les tuiles cuites du four, d’où une chaleur sourde semble encore se dégager. Goscelin et d’autres bénévoles participent à cette tâche et nous formons une chaîne pour transporter les tuiles à l’abri : je suis désignée pour me placer dans le four et trier les tuiles suivant leur cuisson. Tout se fait au son, selon le vieil adage « On connait la bonté de la tuile, lorsque, frappée en l’air, elle sonne bien » Cette dernière cuisson est plutôt réussie : sur 1500 tuiles placées dans le four, plus de 1200 sont utilisables. L’après midi-je regagne l’atelier du Petit-teint où Julie m’attend pour quelques expériences de teinture et de filage. Puis en fin d’après-midi je retourne au four pour effectuer un autre classement des tuiles dans la pile des « tuiles litigieuses ».

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Le lendemain, je retrouve mon lieu de prédilection sur ce chantier : la maison du Petit teint, où je peux tester de nombreuses plantes tinctoriales, carder des toisons, filer ou tisser. Chantal, qui s’occupe toute l’année de cette adorable petite maison au cœur de la forêt, est en vacances pour le moment mais c’est sans difficulté aucune que j’installe seule l’atelier et réponds aux questions des visiteurs. La
proximité de l’atelier de Bernard, le vannier est également extrêmement agréable et nous nous trouvons vite pas mal de points communs et les même centres d’intérêts. C’est avec un grand plaisir 
que j’explique les plantes tinctoriales qui se situent dans le jardinet derrière la maison (avec plus ou moins de difficultés, le hollandais étant une langue que je ne maîtrise pas alors que les visiteurs venus de cette contrée sont avides d’informations…). Je passe également pas mal de temps à filer au fuseau pour montrer cette technique.

 

J’assiste également à l’abattage d’un arbre par Goscelin, devenu bûcheron, et Jean-Michel, à l’aide d’un passe-partout et d’une cognée. Le soir, je referme bien la maisonnette pour éviter que les moutons s’y réfugient nuitamment et je laisse la majorité de mon matériel à l’intérieur, sachant que Chantal serait de retour le lendemain.

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Cette nouvelle journée entièrement consacrée au textile avec le retour de Chantal, que je suis ravie de retrouver au bout d’un an. Le but de la journée est de teindre un maximum d’écheveaux et de tissus avec de la garance. La matinée est consacrée simultanément au mordançage des différents éléments dans un bain d’alun et à la décoction de la racine de garance sur un feu de bois. En même temps, nous filons de la laine tout en discutant avec les visiteurs et les autres oeuvriers et bâtisseurs. L’après-midi, après une courte visite à la tuilerie où Goscelin s’applique à former de jolis ergots aux tuiles, je retourne auprès du bain de teinture, que Chantal vient de filtrer. Il est désormais tiède et plusieurs écheveaux de laine ainsi qu’un surcot de lin peuvent y être plongés. Le tout est ensuite réchauffé et doit être souvent remué afin que la teinture soit bien uniforme. En un peu moins d’une heure, le bliaut, en lin de couleur naturelle, prend une belle couleur orangée et peut ainsi être mis à sécher au soleil. Je profite d’un moment de répit pour confectionner une tisane  avec les simples du jardin et nous repartons tous dans notre filage jusqu’au soir…




A force de voir le château à l’orée du bois, je me suis laissé tenter par un travail plus en rapport avec sa construction : la taille de pierre. Après une brève réunion de chantier à l’étage du logis, je me dirige vers la loge d’Eugène, située dans l’enceinte du château. Il me confie du matériel de taille : massette, broche, ciseau, chasse, ainsi que des lunettes de sécurité (le nombre d’éclats virevoltants aux alentours est assez impressionnant pour une novice). Puis il m’explique le travail à accomplir sur un bloc de
calcaire marbrier provenant de Forterre. Après avoir compris l’amplitude à donner à mes mouvements et le rythme à acquérir, je me lance dans le dégrossissage d’un côté du bloc avec la chasse, 
puis je précise les formes avec la broche. Mais c’est au moment d’affiner le tout avec le ciseau que tout se gâte : mon dos convalescent ayant décidé de se manifester, je suis obligé d’abandonner la taille après le repas de midi. Je retourne donc dans la forêt, tisser de la laine pour l’après-midi, en planifiant déjà une journée de vannerie pour le lendemain.

 



C’est le dernier jour de mon séjour à Guédelon et c’est avec cette pensée que je gagne le village où Bernard m’attend avec l’osier que j’ai mis à tremper la veille. Je commence à m’installer pendant qu’il m’explique quelques notions de base et me raconte sa formation à l’école de Fayl Billot. Puis il m’apprend à commencer un fond de corbeille en incisant l’osier et en entrecroisant les différents brins. Le geste est très difficile à acquérir, au début je sens l’osier qui se casse sous mes doigts mais au fur et à mesure celui-ci se fait plus souple et je peux le tresser. Pour fabriquer la corbeille nous utilisons 2 types d’osiers, l’un brut et l’autre épluché. Il me montre comment il répare les mannes qu’il fabrique pour le chantier et qui servent à porter sable et mortier, leur résistance est impressionnante. Il s’agit de larges paniers cylindriques, de 45 cm de diamètres environ, renforcés par un croisillon de bois à leur base. La chaux, très corrosive, contenue dans le mortier ainsi que les aléas du transport sur le chantier, endommagent tout de même ces paniers, qui doivent être réparés. Bernard fabrique également des boites à outils pour les ouvriers et bien d’autres choses encore. J’ai appris énormément de choses durant cette journée, qui a agréablement clôturée mon séjour à Guédelon. Je crois d’ailleurs que cette édition 2008 a été encore plus intéressante en rencontres et en savoirs que la précédente…j’espère que cette impression se renouvellera d’année en année…car je compte bien y retourner, je m’y sens tellement bien !

Une réponse à “Guédelon 2008 : le retour !”

  1. dhutin dit :

    J’ai consulté votre blog. C’est très intéressant Je vais à Guédelon 2 fois par an car chaque fois que j’ai de la visite, comme je suis à 80 km seulement on me demande toujours d’y aller. J’aime beaucoup cette visite car outre l’intérêt du chantier il y a une agréable ambiance. Vous êtes tous des passionnés et ça se ressent.

    Bonne continuation.

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