Le carnet de Villard de Honnecour

 

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Lors de notre animation lors des Journées européennes du patrimoine à la porte des Allemands, j’ai présenté un atelier différent de mon habituel atelier de relieur : pour expliquer le contexte du bâtiment que nous occupions, et surtout qui étaient les hommes qui l’avaient construit, j’ai présenté le métier de maître d’œuvre au travers de différents outils de mesure. C’est dans ce cadre que j’ai conçu un livre inhabituel dans un atelier de reliure : un fac-similé, reproduisant jusqu’aux découpes irrégulières du parchemin, des carnets de Villard de Honnecourt.

 

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Villard de Honnecourt naît au début du XIIIe siècle en Picardie, la région même où se développe une nouvelle architecture,  l’opus francigenum, que nous appelons aujourd’hui architecture gothique. Ce mouvement dont Villard a été le témoin est loin de se limiter à la construction : la science, la technique et l’art sont alors également en profonde mutation. C’est dans ce contexte que Villard a rempli ses carnets de dessins, notes et plans qui sont un miroir des nouveautés de cette époque.

 

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Il semble que Villard fut maître d’œuvre, voyageant à travers l’Europe pour trouver l’inspiration (on trouve dans ses carnets des références à la Hongrie ou à la Suisse) comme beaucoup de ses collègues. Mais personne n’a pu lui attribuer avec certitude la paternité d’une construction, et il se pourrait bien qu’il ne fut qu’un simple amateur éclairé. Quoi qu’il en soit, ces carnets sont un rare exemple des connaissances et des centres d’intérêts d’un intellectuel du XIIIe siècle. On peut y trouver aussi bien des dessins (portraitures) de sujets religieux ou d’animaux sauvages, des plans d’édifices existants ou des projets de construction, des représentations de mécanismes ou encore des « astuces » permettant de mesurer la hauteur d’une tour ou la distance d’un point éloigné et inaccessible.

 

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De toute évidence, ces carnets sont des notes personnelles ou destinées à un cercle restreint. Les feuillets, remplis de dessins à la plume, sont des chutes de parchemins, présentant souvent des imperfections (trous, bords irréguliers…) et n’ont pas à la base été prévus pour être reliés, amenant parfois à des personnages tête en bas ou à des scènes coupées en deux par le pli de reliure. Ce n’est que plus tardivement que les feuillets ont été réunis en cahiers et reliés, peut-être du vivant de Villard. L’ouvrage nous est parvenu après avoir transité entre de nombreuses mains, dont certaines ont ajouté leur signature ou quelques dessins (notamment au XVe siècle), et ont parfois été jusqu’à couper certaines pages qui n’ont jamais été retrouvées. Le carnet est aujourd’hui conservé à la BNF, qui en a mis en ligne une présentation très intéressante.

 

 

La reliure qui nous est parvenue n’est évidemment pas aussi ancienne que les feuillets qu’elle contient. Dans ma reproduction, j’ai choisi de faire une reliure souple, en cuir à rabat, sur laquelle les cahiers sont fixés à l’aide de lanières de parchemin en nœuds de capucin (comme dans cette précédente réalisation) pour insister sur l’aspect « carnet de voyage ». Il n’est pas impossible que Villard aie procédé de cette manière, ajoutant de  nouveaux feuillets de parchemins au fur et à mesure qu’il les complétait.

 

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Pour aller plus loin: 

Jean Wirth, Villard de Honnecourt, architecte du XIIIe siècle (2015) – Disponible en ligne en Open Access

Alain Erlande Brandenburg et al, Le carnet de Villard de Honnecourt d’après le manuscrit conservé à la Bibliothèque nationale de Paris (1991)

Site de la BNF sur les cathédrales et Villard de Honnecourt 

2 réponses à “Le carnet de Villard de Honnecour”

  1. Amandine dit :

    Magnifique !!!

  2. Devines dit :

    EPOUSTOUFLANT!

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