Une journée à Rettel

Posted by Mathilde  juin 02, 2012  3 Comments »

atelier rettel

 

Le 1er mai dernier, nous avons eu l’opportunité d’animer pour une journée l’une des pièces d’une maison médiévale non loin de chez nous, à Rettel. Cette maison, à la façade de pierre qui a conservé sa structure intérieure à pan de bois, a été construite au XVe siècle et aurait appartenu à des bateliers sur la Moselle. Elle a ensuite fait partie des biens d’un couvent avant d’appartenir à des particuliers. C’est en 1986 que la municipalité fit son acquisition et la restaura progressivement, avec le concours de l’association des Amis de la Maison de la Dîme.

rettel

C’est donc tout émerveillés par cette vénérable bâtisse que nous nous sommes installés dans la grande salle, en compagnie de notre amie Anne venu nous prêter main forte. Tous trois nous expliquions les différentes étapes de la fabrication d’un livre à l’époque médiévale : Anne présentait la copie des textes, je faisais de l’enluminure tandis que Goscelin inaugurait son atelier de reliure médiévale.

 

La copiste   Le relieur

Grâce à l’authenticité des lieux, l’atmosphère qui régnait sur nos trois ateliers était vraiment particulière : la douce lumière filtrant au travers de volets de bois, le bruit de nos pas sur le plancher, les couleurs des murs chaulés, tout nous conviait à nous soustraire de notre quotidien. Rajoutez à cela l’accueil très chaleureux des bénévoles de l’association entretenant la maison, et vous obtenez une merveilleuse journée !

Anne et Goscelin

 

Pour voir des photos supplémentaires: Accès album photo

 

Etude de l’enceinte médiévale de la cité de Metz

Posted by Mathilde  mars 15, 2012  No Comments »

Parce qu’il n’y a pas que les manuscrits médiévaux dans la vie, et parce que la cité de Metz, qui tient une place à part dans mon coeur, conserve de magnifiques et imposants monuments de la période médiévale, je tenais aujourd’hui à vous présenter l’association Historia Metensis, dont Goscelin et moi faisons partie.

Le but de cette association, regroupant des chercheurs et des passionnés d’histoire, est d’étudier et de mettre en valeur le patrimoine de la ville, souvent méconnu. Le projet actuel est l’étude de l’enceinte médiévale de Metz, en croisant les sources archéologiques et les archives. Vous pouvez déjà retrouver toute l’actualité de l’association, ainsi que des articles sur l’histoire de la ville, sur www.historiametensis.fr

 Bonne visite ! 

Historia

Un psautier !

Posted by Goscelin  février 12, 2012  13 Comments »

Une fois n’est pas coutume, c’est aujourd’hui au tour de Goscelin de vous présenter notre nouvelle réalisation: un codex complet!

 

A force de faire des enluminures, il vient un moment où l’on voudrait les voir dans leur contexte, plutôt que sur une feuille volante. C’est pourquoi notre atelier s’agrandit cette année en développant un autre aspect de la création du livre : la reliure. Après avoir suivi un stage de reliure avec un excellent professeur, Olivier Maupin (dont
voici le site
), j’ai ainsi lancé le projet de concevoir un premier livre de A à Z.

psautier

 

Notre choix s’est porté sur un petit psautier (17cm x 13cm) de 214 pages. Ce genre d’ouvrage de dévotion personnelle, relativement peu coûteux, correspond bien à cette fin de XIIIe siècle où les livres deviennent accessibles à d’autres classes sociales que la noblesse et le clergé. Le style de la reliure est dit roman (utilisé du XII au XIVe siècle, avec quelques exceptions subsistant encore plus longtemps), car il nous a été impossible d’attester que la reliure dite gothique (dont les règles évolueront peu du XIVe au XVIe siècle) était déjà utilisée à Metz à la fin du XIIIe siècle.

psautier compo

Mathilde a calligraphié les quatre premières pages ainsi que les lettres filigranées dont il a été question dans un article précédent (c’est ici), puis nous avons cousu ce
feuillet, avec les cinquante-deux autres, à trois nerfs de cuir blanc. Les nerfs sont ensuite passés dans des trous façonnés dans les ais (planches de bois qui font office de couverture), et 
maintenus en place par des chevilles. Remarquez que les trous en question sont rectangulaires, permettant ainsi aux nerfs d’y pénétrer à plat ; plus tard, la reliure gothique simplifiera cela en enroulant le nerf pour le faire passer dans un simple trou rond.

 

AiesLes ais sont en chêne, comme c’était presque toujours le cas.  Leurs bords ont été légèrement arrondis pour donner une forme plus élégante et pour éviter qu’ils ne blessent le cuir qui le recouvre. Ce dernier est une peau de chèvre qui a été teinté en rouge. Le cuir recouvrant les livres étaient souvent teinté en couleurs vives pour renforcer l’aspect ostentatoire de l’ouvrage. Notez comment sur le dos, le cuir marque les nerfs utilisés pour relier les feuillets : bien que l’utilisation de nerfs sera abandonnée pour la plupart des livres à l’époque moderne, on continuera de créer des faux nerfs décoratifs en oubliant leur usage premier.

 

Le dernier ajout, à la fois décoratif et utilitaire, est latranchefile tranchefile. Il s’agit d’un tressage de cuir dont le rôle est de renforcer le haut et le bas du dos, tout en n’empêchant pas l’ouverture du livre.

 

Et voilà le résultat : un livre comme il en existait dans des familles  relativement aisées à Metz, et qui devait consister en le travail le plus courant pour les ateliers du livre messins, bien avant les célèbres manuscrits hors de prix qui sont parvenu plus facilement jusqu’à nous. Quant à nous, nous ne nous arrêterons pas là, et nous espérons que ce livre ne sera que le premier d’une longue série de création ! Nous profiterons d’un prochain travail pour parler avec plus d’attention d’une étape précise de la reliure médiévale.


psalter

Sancta Barbara ora pro nobis

Posted by Mathilde  janvier 11, 2012  No Comments »


 Sainte Agnès et sainte Barbe

Lorsque que l’on est habitué à peindre des enluminures, il est parfois déconcertant de peindre sur des surfaces plus grandes car on perd quelques-uns de ses repères et ses petites habitudes de travail. Adieu pinceaux en martre d’une grande finesse et bonjour pinceaux en soie de porc ! Mais le travail de réajustement et d’adaptation à de nouvelles contraintes techniques est très stimulant. C’est ce qui m’est arrivé dernièrement lorsque j’ai décidé de reproduire sur un grand panneau de bois une enluminure issue du Livre d’images de Madame Marie (pour en savoir plus sur ce manuscrit c’est ici). Il s’agit d’un portrait de sainte Barbe, vierge martyre universellement célébrée au Moyen-Age.

A l’occasion d’une journée médiévale au Musée de la Cour d’Or le 4 décembre, jour de sa fête, je devais présenter la légende de cette sainte (ou plutôt les différentes versions de sa légende) particulièrement honorée dans la ville dont elle fut plus tard la patronne. Afin d’avoir un support visuel, nous avons peint avec Goscelin en une petite semaine un panneau de bois (50×30 cm) la représentant, flanquée d’une tour et tenant la palme des martyrs. Placée sur une table et entourée de patenôtres, de bougies et d’un psautier, cette peinture m’a permis d’évoquer l’histoire de la sainte, tandis qu’autour de moi l’ambiance d’une taverne médiévale était recréée par mes comparses. Bref, une excellente occasion d’évoquer cette légende maintes fois modifiée au fil des siècles !

stebarbe

Patenôtres, bougies et psautier : tout est prêt pour conter la légende de sainte Barbe!

 La légende de sainte Barbe :

panneauIl s’agit ici d’une compilation de différentes légendes hagiographiques (La passio prima , La passion de sainte Barbe par le diacre Pierre ou encore la Légende dorée).


Au temps de l’empereur Maximin, le proconsul Marcien gouvernait la ville de Nicomédie. C’est là que vivait Barbe, fille d’un païen, Dioscore qui possédait de grandes richesses. Devant partir en voyage, il fit construire une tour pour mettre sa fille à l’abri des convoitises. Cette dernière, qui était chrétienne de cœur et s’était fait baptiser en secret par un disciple d’Origène, fit modifier le plan de construction de la tour : deux fenêtres avaient été prévues pour la tour,  Barbe en exigea une troisième, afin d’honorer la Sainte-Trinité. Lorsque son père revint de voyage, il fut furieux et décida de la tuer de son épée. Barbe se mit à prier et Dieu fit s’entrouvrir  les murailles et la transporta sur une montagne où deux bergers faisaient paître leurs brebis. L’un des bergers alla trouver son père pour le prévenir, ce qui
provoqua la colère de Dieu qui changea ses brebis en sauterelles. Lorsque Dioscore retrouva sa fille, il la traîna par les cheveux et la mena devant le proconsul Marcien qui lui demanda 
d’abjurer. Mais Barbe refusa et fut suppliciée : on la frappa sans ménagement à coups de nerf de bœuf mais elle ne ressentait nulle souffrance.  Le lendemain, le proconsul lui fit subir les pires attrocités : il ordonna qu’on lui brûla les côtes avec des torches allumées,  qu’on lui frappât la tête à coups de marteau et qu’on lui coupât les mamelles, mais rien n’y faisait, Barbe ne semblait pas ressentir la douleur. Dioscore ordonna que sa fille soit exhibée, sans vêtement, dans toute la ville. Barbe implora le Seigneur qui voilà le ciel de nuages et couvrit la terre de brume, afin que personne ne puisse voir la nudité de la jeune fille.  Excédé, Discore se saisit d’elle et la mena dans la montagne, où il lui trancha lui-même la tête. A cet instant, le feu du ciel tomba sur lui et il fut pulvérisé par la foudre.

Le culte de sainte Barbe :

1588f169rCe culte s’est très largement répandu en Orient et en Occident. On doit à Bède le Vénérable (VIIIe siècle) , dans son Maryrologe, d’avoir fixé la fête de sainte Barbe au 4 décembre. En Occident, le culte de sainte Barbe s’est solidement implanté en Belgique, dans les Pays-Bas et dans la France du nord et de l’est. En 985, des reliques passèrent de Rome à Gand. La Rhénanie a été également particulièrement dévote à cette sainte, ainsi qu’en Westphalie. Ce prestige s’explique par le fait que cette sainte passait pour éviter la mort subite dite « male mort ». L’origine de cette croyance provient sans doute de l’anecdote de son père, mort foudroyé. A Metz, il y avait, dans la crypte de la cathédrale de Metz, un autel dédié à la sainte et son culte se développe au XIIIe siècle. On trouvait également des reliques de cette vierge martyre à l’abbaye Saint-Arnoul. En 1473, sainte Barbe devint la patronne du pays messin, qui possédait un sanctuaire célèbre près de Metz. Les Messins l’invoquaient contre toutes les calamités qui affligeaient la cité.

 

stebarbe2

A quelques pas de là, Goscelin et Lydie tentent d’apprendre les échecs à Héloise.

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