Etude de l’enceinte médiévale de la cité de Metz

Posted by Mathilde  mars 15, 2012  No Comments »

Parce qu’il n’y a pas que les manuscrits médiévaux dans la vie, et parce que la cité de Metz, qui tient une place à part dans mon coeur, conserve de magnifiques et imposants monuments de la période médiévale, je tenais aujourd’hui à vous présenter l’association Historia Metensis, dont Goscelin et moi faisons partie.

Le but de cette association, regroupant des chercheurs et des passionnés d’histoire, est d’étudier et de mettre en valeur le patrimoine de la ville, souvent méconnu. Le projet actuel est l’étude de l’enceinte médiévale de Metz, en croisant les sources archéologiques et les archives. Vous pouvez déjà retrouver toute l’actualité de l’association, ainsi que des articles sur l’histoire de la ville, sur www.historiametensis.fr

 Bonne visite ! 

Historia

Un psautier !

Posted by Goscelin  février 12, 2012  13 Comments »

Une fois n’est pas coutume, c’est aujourd’hui au tour de Goscelin de vous présenter notre nouvelle réalisation: un codex complet!

 

A force de faire des enluminures, il vient un moment où l’on voudrait les voir dans leur contexte, plutôt que sur une feuille volante. C’est pourquoi notre atelier s’agrandit cette année en développant un autre aspect de la création du livre : la reliure. Après avoir suivi un stage de reliure avec un excellent professeur, Olivier Maupin (dont
voici le site
), j’ai ainsi lancé le projet de concevoir un premier livre de A à Z.

psautier

 

Notre choix s’est porté sur un petit psautier (17cm x 13cm) de 214 pages. Ce genre d’ouvrage de dévotion personnelle, relativement peu coûteux, correspond bien à cette fin de XIIIe siècle où les livres deviennent accessibles à d’autres classes sociales que la noblesse et le clergé. Le style de la reliure est dit roman (utilisé du XII au XIVe siècle, avec quelques exceptions subsistant encore plus longtemps), car il nous a été impossible d’attester que la reliure dite gothique (dont les règles évolueront peu du XIVe au XVIe siècle) était déjà utilisée à Metz à la fin du XIIIe siècle.

psautier compo

Mathilde a calligraphié les quatre premières pages ainsi que les lettres filigranées dont il a été question dans un article précédent (c’est ici), puis nous avons cousu ce
feuillet, avec les cinquante-deux autres, à trois nerfs de cuir blanc. Les nerfs sont ensuite passés dans des trous façonnés dans les ais (planches de bois qui font office de couverture), et 
maintenus en place par des chevilles. Remarquez que les trous en question sont rectangulaires, permettant ainsi aux nerfs d’y pénétrer à plat ; plus tard, la reliure gothique simplifiera cela en enroulant le nerf pour le faire passer dans un simple trou rond.

 

AiesLes ais sont en chêne, comme c’était presque toujours le cas.  Leurs bords ont été légèrement arrondis pour donner une forme plus élégante et pour éviter qu’ils ne blessent le cuir qui le recouvre. Ce dernier est une peau de chèvre qui a été teinté en rouge. Le cuir recouvrant les livres étaient souvent teinté en couleurs vives pour renforcer l’aspect ostentatoire de l’ouvrage. Notez comment sur le dos, le cuir marque les nerfs utilisés pour relier les feuillets : bien que l’utilisation de nerfs sera abandonnée pour la plupart des livres à l’époque moderne, on continuera de créer des faux nerfs décoratifs en oubliant leur usage premier.

 

Le dernier ajout, à la fois décoratif et utilitaire, est latranchefile tranchefile. Il s’agit d’un tressage de cuir dont le rôle est de renforcer le haut et le bas du dos, tout en n’empêchant pas l’ouverture du livre.

 

Et voilà le résultat : un livre comme il en existait dans des familles  relativement aisées à Metz, et qui devait consister en le travail le plus courant pour les ateliers du livre messins, bien avant les célèbres manuscrits hors de prix qui sont parvenu plus facilement jusqu’à nous. Quant à nous, nous ne nous arrêterons pas là, et nous espérons que ce livre ne sera que le premier d’une longue série de création ! Nous profiterons d’un prochain travail pour parler avec plus d’attention d’une étape précise de la reliure médiévale.


psalter

Sancta Barbara ora pro nobis

Posted by Mathilde  janvier 11, 2012  No Comments »


 Sainte Agnès et sainte Barbe

Lorsque que l’on est habitué à peindre des enluminures, il est parfois déconcertant de peindre sur des surfaces plus grandes car on perd quelques-uns de ses repères et ses petites habitudes de travail. Adieu pinceaux en martre d’une grande finesse et bonjour pinceaux en soie de porc ! Mais le travail de réajustement et d’adaptation à de nouvelles contraintes techniques est très stimulant. C’est ce qui m’est arrivé dernièrement lorsque j’ai décidé de reproduire sur un grand panneau de bois une enluminure issue du Livre d’images de Madame Marie (pour en savoir plus sur ce manuscrit c’est ici). Il s’agit d’un portrait de sainte Barbe, vierge martyre universellement célébrée au Moyen-Age.

A l’occasion d’une journée médiévale au Musée de la Cour d’Or le 4 décembre, jour de sa fête, je devais présenter la légende de cette sainte (ou plutôt les différentes versions de sa légende) particulièrement honorée dans la ville dont elle fut plus tard la patronne. Afin d’avoir un support visuel, nous avons peint avec Goscelin en une petite semaine un panneau de bois (50×30 cm) la représentant, flanquée d’une tour et tenant la palme des martyrs. Placée sur une table et entourée de patenôtres, de bougies et d’un psautier, cette peinture m’a permis d’évoquer l’histoire de la sainte, tandis qu’autour de moi l’ambiance d’une taverne médiévale était recréée par mes comparses. Bref, une excellente occasion d’évoquer cette légende maintes fois modifiée au fil des siècles !

stebarbe

Patenôtres, bougies et psautier : tout est prêt pour conter la légende de sainte Barbe!

 La légende de sainte Barbe :

panneauIl s’agit ici d’une compilation de différentes légendes hagiographiques (La passio prima , La passion de sainte Barbe par le diacre Pierre ou encore la Légende dorée).


Au temps de l’empereur Maximin, le proconsul Marcien gouvernait la ville de Nicomédie. C’est là que vivait Barbe, fille d’un païen, Dioscore qui possédait de grandes richesses. Devant partir en voyage, il fit construire une tour pour mettre sa fille à l’abri des convoitises. Cette dernière, qui était chrétienne de cœur et s’était fait baptiser en secret par un disciple d’Origène, fit modifier le plan de construction de la tour : deux fenêtres avaient été prévues pour la tour,  Barbe en exigea une troisième, afin d’honorer la Sainte-Trinité. Lorsque son père revint de voyage, il fut furieux et décida de la tuer de son épée. Barbe se mit à prier et Dieu fit s’entrouvrir  les murailles et la transporta sur une montagne où deux bergers faisaient paître leurs brebis. L’un des bergers alla trouver son père pour le prévenir, ce qui
provoqua la colère de Dieu qui changea ses brebis en sauterelles. Lorsque Dioscore retrouva sa fille, il la traîna par les cheveux et la mena devant le proconsul Marcien qui lui demanda 
d’abjurer. Mais Barbe refusa et fut suppliciée : on la frappa sans ménagement à coups de nerf de bœuf mais elle ne ressentait nulle souffrance.  Le lendemain, le proconsul lui fit subir les pires attrocités : il ordonna qu’on lui brûla les côtes avec des torches allumées,  qu’on lui frappât la tête à coups de marteau et qu’on lui coupât les mamelles, mais rien n’y faisait, Barbe ne semblait pas ressentir la douleur. Dioscore ordonna que sa fille soit exhibée, sans vêtement, dans toute la ville. Barbe implora le Seigneur qui voilà le ciel de nuages et couvrit la terre de brume, afin que personne ne puisse voir la nudité de la jeune fille.  Excédé, Discore se saisit d’elle et la mena dans la montagne, où il lui trancha lui-même la tête. A cet instant, le feu du ciel tomba sur lui et il fut pulvérisé par la foudre.

Le culte de sainte Barbe :

1588f169rCe culte s’est très largement répandu en Orient et en Occident. On doit à Bède le Vénérable (VIIIe siècle) , dans son Maryrologe, d’avoir fixé la fête de sainte Barbe au 4 décembre. En Occident, le culte de sainte Barbe s’est solidement implanté en Belgique, dans les Pays-Bas et dans la France du nord et de l’est. En 985, des reliques passèrent de Rome à Gand. La Rhénanie a été également particulièrement dévote à cette sainte, ainsi qu’en Westphalie. Ce prestige s’explique par le fait que cette sainte passait pour éviter la mort subite dite « male mort ». L’origine de cette croyance provient sans doute de l’anecdote de son père, mort foudroyé. A Metz, il y avait, dans la crypte de la cathédrale de Metz, un autel dédié à la sainte et son culte se développe au XIIIe siècle. On trouvait également des reliques de cette vierge martyre à l’abbaye Saint-Arnoul. En 1473, sainte Barbe devint la patronne du pays messin, qui possédait un sanctuaire célèbre près de Metz. Les Messins l’invoquaient contre toutes les calamités qui affligeaient la cité.

 

stebarbe2

A quelques pas de là, Goscelin et Lydie tentent d’apprendre les échecs à Héloise.

Des initiales filigranées pour un Psautier

Posted by Mathilde  novembre 07, 2011  4 Comments »

filigrane

Ces temps-ci, j’ai été très occupée par un vaste projet de Goscelin dont je vous reparlerai lorsqu’il sera achevé. En effet, j’ai recopié le début du Psautier en latin sur 4 pages de parchemin d’agneau, dans un module d’écriture plutôt petit (3mm), à l’encre métallo-gallique. Il ne s’agit pas d’un somptueux manuscrit richement enluminé, mais d’un usuel, livre plus austère destiné à être utilisé comme outil lors de travaux intellectuels. C’est pour cela que j’ai décidé d’orner le début de chaque psaume d’une simple initiale filigranée, inspirée par des travaux locaux de la fin du XIIIe-début du XIVe siècle.

 

 

 

 

Les différents types d’initiales :

Il y a dans les manuscrits une véritable hiérarchisation des lettrines, cette hiérarchie en lien avec l’importance du texte présenté. Ce sont les lettrines qui marquent la différence entre le texte d’un chapitre, d’un sous-chapitre ou d’un simple paragraphe car les sauts de lignes sont extrêmement rares dans les manuscrits médiévaux. On trouve ainsi:

-les initiales historiées, comportant une scène, un personnage ou un élément figuré en rapport au texte

-les initiales ornées, comportant des motifs géométriques, végétaux, animaliers….

– les initiales champies, dorées sur fond peint, souvent en deux couleurs, et rehaussées de motifs filiformes blanc ou orange

-l’initiale à filigrane dont il est question ici.

Après, existent encore les simples initiales sans filigranes et réalisées alternativement à l’encre bleue et rouge.

initiales

Qu’est-ce qu’une initiale filigranée ?

Copie de Copie de Copie de 2008 01 

 

Selon la codicologue Patricia Stirnemann, l’initiale filigranée est une « lettre entourée d’un décor filiforme, exécuté avec une plume finement taillée dont le tracé ne relève ni pleins, ni déliés ». Ce tracé forme un jeu de lignes géométriques, de cercles, de crochets pour aboutir à un dessin abstrait mais aux motifs toujours empruntés (de plus ou moins loin) au règne végétal. Apparue au XIIe siècle, son style évolue au fil des décennies, allant toujours vers plus en plus de finesse, allant jusqu’à donner une impression d’immatérialité à la lettrine, ce qui laisse une grande place au texte et au parchemin.

 

 

Initiales

 

 

 

La lettre et les filigranes sont quasiment toujours de couleurs différentes. Depuis le début du XIIe siècle, le rouge (majoritairement du vermillon ) et le bleu (azurite ou lapis-lazuli) sont les deux couleurs les plus utilisées, viennent ensuite le vert et le bistre. A partir de la fin du XIIIe siècle, on voit apparaître une nouvelle teinte : un bleu plus grisâtre, presque délavé, provenant de la guède (pastel des teinturiers). En outre, dans certains manuscrits de luxe (à l’image du missel de Renaud de Bar), les lettrines rouges peuvent être remplacées par une lettre dorée à filigranes bleus (ce contraste entre un bleu froid et la feuille d’or confère à ce dernier une apparence plus rouge et chaude).

 

 

 

Réalisations :

 

Les initiales filigranées que j’ai réalisées s’inspirent de lettrines datant de la fin du XIIIe siècle et de la première décennie du XIVe siècle provenant des deux manuscrits messins présentés ici : le luxueux Missel de Renaud de Bar (qui même dans sa simplicité reste un ouvrage luxueux) et un légendier hagiographique plus simple (qui servait sans doute de livre de travail vers 1300 dans l’abbaye Saint-Arnoul de Metz). Elles sont caractéristiques de la période allant de 1270 à 1314 : on y voit une certaine simplification des motifs, qui sont parfois moins nombreux et moins virevoltants que dans les initiales filigranées du début du XIIIe siècle. Pour la première lettre du premier psaume, j’ai choisi de faire une initiale à la feuille d’or entourée de filaments rouges… ce qui s’est révélé être une erreur car seuls des filaments bleus étaient associés à la feuille d’or. Au moins je le saurai pour la prochaine fois ! Néanmoins, tracer ces vrilles est un travail bien agréable. Faire glisser la plume, déposer un fin filet d’encre sur le parchemin pour créer un réseau de lignes ; ces initiales à la fois sobres et dentelées sont, je l’espère, aussi plaisantes à travailler qu’à regarder !

2008 01-copie-321488

Bibliographie:

 Patricia Stirnemann, Fils de la Vierge : L’initiale à filigrane parisienne (1140-1314) consultable sur la base Persée ici.

 


Belles lettres en lumière : les lettres à l’encre (exposition virtuelle de la Bibliothèque de Montpellier).

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