Guédelon 2008 : le retour !

Posted by Mathilde  août 07, 2008  1 Comment »


 

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Comme chaque année au milieu de la période estivale nous programmons, Goscelin et moi un séjour en temps que « bâtisseurs » sur le chantier médiéval de Guédelon. Pour moi il s’agit de ma 2eme année [récit de la 1ere édition ici] tandis que Goscelin accumule les séjours depuis la création du site. Il s’agit pour nous d’une véritable coupure dans notre quotidien, d’une courte période de « mise au vert » qui permet de recharger les batteries et de repartir de bon pied vers la vie courante. C’est également une occasion d’approcher et de s’essayer (plus ou moins bien) à divers corps de métiers, ce que je n’ai pas manqué de faire. C’est donc vêtus de nouveaux costumes inspirés de la bible de Maciejowski (dont certaines miniatures servent de sources pour les outils de construction du château) que nous avons commencé par une très agréable visite du lieu, afin de voir l’impressionnante évolution du château en moins d’un an : désormais, certaines grandes fenêtres géminées de la façade du logis sont en place, le chemin de ronde et ses créneaux également. Les murs de la camera, la chambre seigneuriale, sont déjà très élevés et les cheminées du logis sont presque achevées, c’est vraiment magnifique ! Quant aux charpentiers, ils s’attellent à la fabrication des fermes (charpentes) du logis.

           

                   Cheminée du logis(aula)                                       Elévation du logis et de la tour maîtresse

Après cette visite nous nous préparons à rejoindre l’un des postes disponibles : j’ai entendu dire que Bruno, le tuilier, avait fort à faire puisqu’il doit mouler et cuire les 5000 tuiles demandées pour couvrir la camera d’ici la fin de l’été. Après de chaleureuses retrouvailles avec les artisans de la forêt, je me dirige vers la tuilerie et j’apprends progressivement à mouler les tuiles, à modeler leurs ergots et à vérifier leur solidité. Le rythme est assez soutenu  mais le travail de l’argile est agréable, même s’il faut parfois la battre assez fort. C’est avec plaisir que j’apprends des tours de main de Bruno et que je réponds aux visiteurs. Le tuilier m’annonce alors qu’il a effectué une cuisson la semaine précédente et que le lendemain doit être consacré au défournage. Chose dite, chose faite, le jour suivant je m’attèle à retirer les tuiles cuites du four, d’où une chaleur sourde semble encore se dégager. Goscelin et d’autres bénévoles participent à cette tâche et nous formons une chaîne pour transporter les tuiles à l’abri : je suis désignée pour me placer dans le four et trier les tuiles suivant leur cuisson. Tout se fait au son, selon le vieil adage « On connait la bonté de la tuile, lorsque, frappée en l’air, elle sonne bien » Cette dernière cuisson est plutôt réussie : sur 1500 tuiles placées dans le four, plus de 1200 sont utilisables. L’après midi-je regagne l’atelier du Petit-teint où Julie m’attend pour quelques expériences de teinture et de filage. Puis en fin d’après-midi je retourne au four pour effectuer un autre classement des tuiles dans la pile des « tuiles litigieuses ».

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Le lendemain, je retrouve mon lieu de prédilection sur ce chantier : la maison du Petit teint, où je peux tester de nombreuses plantes tinctoriales, carder des toisons, filer ou tisser. Chantal, qui s’occupe toute l’année de cette adorable petite maison au cœur de la forêt, est en vacances pour le moment mais c’est sans difficulté aucune que j’installe seule l’atelier et réponds aux questions des visiteurs. La
proximité de l’atelier de Bernard, le vannier est également extrêmement agréable et nous nous trouvons vite pas mal de points communs et les même centres d’intérêts. C’est avec un grand plaisir 
que j’explique les plantes tinctoriales qui se situent dans le jardinet derrière la maison (avec plus ou moins de difficultés, le hollandais étant une langue que je ne maîtrise pas alors que les visiteurs venus de cette contrée sont avides d’informations…). Je passe également pas mal de temps à filer au fuseau pour montrer cette technique.

 

J’assiste également à l’abattage d’un arbre par Goscelin, devenu bûcheron, et Jean-Michel, à l’aide d’un passe-partout et d’une cognée. Le soir, je referme bien la maisonnette pour éviter que les moutons s’y réfugient nuitamment et je laisse la majorité de mon matériel à l’intérieur, sachant que Chantal serait de retour le lendemain.

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Cette nouvelle journée entièrement consacrée au textile avec le retour de Chantal, que je suis ravie de retrouver au bout d’un an. Le but de la journée est de teindre un maximum d’écheveaux et de tissus avec de la garance. La matinée est consacrée simultanément au mordançage des différents éléments dans un bain d’alun et à la décoction de la racine de garance sur un feu de bois. En même temps, nous filons de la laine tout en discutant avec les visiteurs et les autres oeuvriers et bâtisseurs. L’après-midi, après une courte visite à la tuilerie où Goscelin s’applique à former de jolis ergots aux tuiles, je retourne auprès du bain de teinture, que Chantal vient de filtrer. Il est désormais tiède et plusieurs écheveaux de laine ainsi qu’un surcot de lin peuvent y être plongés. Le tout est ensuite réchauffé et doit être souvent remué afin que la teinture soit bien uniforme. En un peu moins d’une heure, le bliaut, en lin de couleur naturelle, prend une belle couleur orangée et peut ainsi être mis à sécher au soleil. Je profite d’un moment de répit pour confectionner une tisane  avec les simples du jardin et nous repartons tous dans notre filage jusqu’au soir…




A force de voir le château à l’orée du bois, je me suis laissé tenter par un travail plus en rapport avec sa construction : la taille de pierre. Après une brève réunion de chantier à l’étage du logis, je me dirige vers la loge d’Eugène, située dans l’enceinte du château. Il me confie du matériel de taille : massette, broche, ciseau, chasse, ainsi que des lunettes de sécurité (le nombre d’éclats virevoltants aux alentours est assez impressionnant pour une novice). Puis il m’explique le travail à accomplir sur un bloc de
calcaire marbrier provenant de Forterre. Après avoir compris l’amplitude à donner à mes mouvements et le rythme à acquérir, je me lance dans le dégrossissage d’un côté du bloc avec la chasse, 
puis je précise les formes avec la broche. Mais c’est au moment d’affiner le tout avec le ciseau que tout se gâte : mon dos convalescent ayant décidé de se manifester, je suis obligé d’abandonner la taille après le repas de midi. Je retourne donc dans la forêt, tisser de la laine pour l’après-midi, en planifiant déjà une journée de vannerie pour le lendemain.

 



C’est le dernier jour de mon séjour à Guédelon et c’est avec cette pensée que je gagne le village où Bernard m’attend avec l’osier que j’ai mis à tremper la veille. Je commence à m’installer pendant qu’il m’explique quelques notions de base et me raconte sa formation à l’école de Fayl Billot. Puis il m’apprend à commencer un fond de corbeille en incisant l’osier et en entrecroisant les différents brins. Le geste est très difficile à acquérir, au début je sens l’osier qui se casse sous mes doigts mais au fur et à mesure celui-ci se fait plus souple et je peux le tresser. Pour fabriquer la corbeille nous utilisons 2 types d’osiers, l’un brut et l’autre épluché. Il me montre comment il répare les mannes qu’il fabrique pour le chantier et qui servent à porter sable et mortier, leur résistance est impressionnante. Il s’agit de larges paniers cylindriques, de 45 cm de diamètres environ, renforcés par un croisillon de bois à leur base. La chaux, très corrosive, contenue dans le mortier ainsi que les aléas du transport sur le chantier, endommagent tout de même ces paniers, qui doivent être réparés. Bernard fabrique également des boites à outils pour les ouvriers et bien d’autres choses encore. J’ai appris énormément de choses durant cette journée, qui a agréablement clôturée mon séjour à Guédelon. Je crois d’ailleurs que cette édition 2008 a été encore plus intéressante en rencontres et en savoirs que la précédente…j’espère que cette impression se renouvellera d’année en année…car je compte bien y retourner, je m’y sens tellement bien !

Des tablettes de cire: fabrication et usage

Posted by Mathilde  juillet 23, 2008  6 Comments »
Fabrication de tablettes de cire:

 

 

Un scriptorium pouvant être à la fois un lieu de copie d’œuvres rédigées préalablement sur des tablettes de cire et un commerce pouvant se doter de livres de comptes rédigés sur ce même matériel, je me suis décidé il y a quelques temps à réaliser mes propres tablettes. Se posait pour moi le problème du travail du bois et c’est donc sans grandes connaissances dans les diverses essences que je me suis lancé dans cette réalisation et que j’ai jeté mon dévolu sur de belles planches de chêne, qui se sont bien entendu révélées très difficiles à sculpter (la prochaine fois ce sera un autre bois…). Heureusement, un ami menuisier à la retraite, Cyrille, à tôt fait de me donner quelques conseils et de me prêter quelques outils pour creuser le bois. Une fois les faces internes réalisées, je me suis longuement demandé si j’allais décorer la couverture: au XIIIe siècle, la peinture des tablettes était proscrites et la sculpture était l’unique solution qui se présentait à moi. Je me suis alors inspiré des tablettes de comptes de la ville de Torùn pour le motif, mais le grain du chêne étant trop important je n’ai pas pu graver de la même manière. J’ai dû inciser plus profondément le bois. Enfin, mes anciens cours de reliure (sous la houlette du formidable Cyrille, et oui, encore lui!) m’ont été bien utiles pour lier les deux tablettes entre elles par un systèmes de lanières de cuir et de chevilles.



J‘ai ensuite passé le tout au brou de noix et je les ai cirées. Enfin, de la cire d’abeilles a été fondue puis amalgamée à de la thérébentine, afin de lui donne une constistance un peu molle et des pigments naturels, une terre verte de Nicosie et du noir de fumée, lui ont donné cette coloration. Enfin, un style, réalisé il y a quelques années par le forgeron de Guédelon est venu complété cet ensemble. Tout au long de leur fabrication, je me suis basé sur les travaux d’Elisabeth Lalou, que ce soit au niveau des dimensions, de la composition de la ciré mélée ou du système de reliure.

Usage à l’époque médiévale:

Les tablettes de cire (ou tabulae) sont un des supports provisoires de l’écriture ayant eu une durée de vie exceptionnelle dans l’histoire de l’écriture. Leur origine remonte à la plus haute Antiquité (3000 avant Jésus Christ ) et on en trouve encore des traces jusqu’en 1850, à Rouen sur la criée au poisson. Il s’agissait d’un support d’écrit transitoire. Cela s’explique par le coût du parchemin, qui était encore fort cher au XIIIe siècle et par la nature des écrits réalisés sur tablettes: essais d’écriture enfantins, listes devant être détruites, notes rapides, brouillons d’oeuvres littéraires ou encore esquisses de dessin. Parfois, l’ardoise était également utilisée en tant que brouillon.


Au Moyen-Age, l’utilisation de ces tablettes est avérée dans plusieurs catégories sociales. Elles servaient aux écoliers pour apprendre leur alphabet et aux étudiants pour prendre des notes durant les cours ou les sermons. Les tabellions et les agents des villes y inscrivaient des textes administratifs (comptes royaux, comptes des villes, inventaires de bibliothèques, listes de loyers ou de cens, etc.). Elles servaient également de brouillon pour les oeuvres littéraires, mais nous n’avons que peu de traces de cet usage. Les tablettes comportant des comptes ont en revanche plus facilement traversé les siècles: toutes les personnes qui comptaient écrivaient d’abord sur la cire, qu’elles soient comptables de prince ou simples marchands. Les villes utilisaient également les tablettes pour leurs comptes, comme on peu le voir à travers l’extraordinaire collection de tablettes de la ville polonaise de Torùn, dont je me suis inspiré, datant du XIIIe siècle jusqu’à 1530 (plus de 120 tablettes très souvent regroupées en codices).

Formes et matériaux:

Leurs formes sont diverses, ainsi que les matériaux utilisés: ainsi les orfèvres fabriquaient des tablettes d’or ou d’argent. Les tablettes d’ivoire pouvaient être fabriquées par le corps des orfèvres ou celui des tabletiers. Certaines étaient très finement sculptées, comme sur cet exemplaire de la fin du  XIVe siècle, conservé au musée du Louvre.

 

Lforme la plus courante et la plus simple à l’époque médiévale consiste en des planchettes de bois creusées en cuvette, dans laquelle une cire mêlée à diverses substances était coulée. En général, ces feuillets font une trentaine de centimètres de long sur une vingtaine de large. La plupart des tablettes sont de forme rectangulaire, et quelques unes ont un bord arrondi, comme sur cette représentation d’Hildegarde von Bingen:


Les planchettes étaient ensuite assemblées pour former un codex, pouvant aller de deux à seize feuillets. Peu de tablettes nous sont parvenues avec leur reliure d’origine mais on sait quelles étaient parfois reliées à l’aide de charnières (fin XVe siècle), au moyen de lanières de cuir (c’était le cas pour les tablettes de saint Louis  ou celles de Torùn) ou par un morceau de parchemin collé sur toute la longueur du dos du codex. Le bois le plus employé pour ces tablettes est le buis, qui est l’essence la plus utilisée par les tabletiers d’après le Livre des métiers d’Etienne Boileau. Néanmoins on en trouve également en cèdre, en hêtre, en ébène, en cyprès, en platane, en chêne, en frêne ou encore en conifère. Toujours d’après le Livre des métiers, la face externe de ces tablettes ne devait pas être peinte mais pouvait être sculptée ou gravée. La cire pouvait par contre être colorée: on trouve ainsi des tablettes à la cire noire, d’autres à la cire vertes et quelques rares tablettes remplies de cire rouge. Certaines étaient emplies de cire jaune, c’est à dire pure. Afin de ramollir la cire, on y ajoutait de la poix, de l’huile ou de la térébenthine. On écrivait sur ces tablettes à l’aide d’un style en bois, en os, en fer ou en argent: le bout pointu de cet outil servait à écrire en formant des sillons dans la cire alors que l’autre extrémité, évasée, servait à effacer l’écriture en aplatissant la cire.

 

   Sources:

Cet article a été rédigé en partie d’après la position de thèse de l’Ecole des Chartes d’E. Lalou, intitulée « Les tablettes de cire médiévales », disponible sur la base Persée à cette adresse

Le site de la ville de Torùn (Pologne) comporte de nombreux clichés de ses tablettes de comptes.

Une base de données recensant de nombreuses tablettes se trouve sur ce site.

Le livre des métiers d’Etienne Boileau disponible dans son édition de 1879 sur Gallica:   http://visualiseur.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k110190t

Et pour finir une petite vidéo du magazine  Connaissance des Arts sur les tablettes de cire de Jean Sarrazin, chambellan de saint Louis, contenant les plus anciens comptes royaux conservés.

XXIXeme fête médiévale de Rodemack

Posted by Mathilde  juillet 14, 2008  2 Comments »

Comme chaque année, à la fin du mois de juin, la cité de Rodemack organise en grand marché médiéval et de nombreuses troupes et échoppes d’artisans y sont présents. En tant que voisine de cette localité, c’est l’occasion idéale pour revoir de vieilles connaissances ou lier de nouveaux contacts. Malheureusement cette visite a été raccourcie par quelques contretemps , ce qui fait que je n’ai pas rencontré ou assez discuté avec tout le monde, mais je me rattraperai une autre fois…

C‘est dans le campement des Archers de Sire Contet que nous avons posés nos pénates, Goscelin et moi: cette année ils avaient été installés sous de frais ombrages, dans le parc du château, ce qui a un peu atténué la chaleur. Ce fut un excellent moment pour nous retrouver tous et je remercie Patrick et toute sa compagnie pour leur accueil et leur bonne humeur. En descendant au cœur de la cité nous avons retrouvé des connaissances (Lucien le potier, Jeanf et Glouby, …) et j’y ai même rencontré mon frère Guillaume qui venait s’approvisionner en cuir pour ses réalisations!

Ce fut également l’occasion de tester nos nouveaux costumes et  je suis surprise par leur confort et la liberté de mouvement que nous avons en les portant (je ferai un article les concernant prochainement). Ce weekend de retrouvailles et de découverte fut une excellente façon de commencer les festivités médiévales estivales. Vivement la XXXeme édition!

Nouvelle enluminure inspirée du codex Manesse…et nouvel enlumineur!!

Posted by Mathilde  juin 03, 2008  3 Comments »

Encore une me direz-vous! Mais cette fois-ci c’est un peu différent puisque ce n’est pas moi qui l’ai réalisée mais mon cher Goscelin. Je dois avouer que j’ai été stupéfaite par la qualité de sa réalisation, sachant qu’il s’agit de sa première enluminure!!!!!!  Bon, c’est vrai qu’il peint depuis longtemps, notamment à la peinture acrylique et qu’il a un je-ne sais-quoi dans le coup de pinceau qui restitue magnifiquement le moindre détail. Pourtant ce n’est pas simple de passer aussi abruptement de ces techniques modernes à la lente pose des différentes couches de carnation, il a d’ailleurs été fort surpris par cette superposition. Et au-delà de l’aspect technique, j’ai trouvé fabuleux ces longues heures passées attablés côte à côte à nos enluminures respectives, c’est véritablement une passion commune!! Nous envisageons d’ailleurs de faire des enluminures « à quatre mains », profitant des spécialisations de chacun… Ne lui dites pas mais j’envie secrètement la manière dont il a traité les plis des deux tuniques des personnages…je pense lui voler son secret d’atelier !!

 

 

Il s’est inspiré du folio 262 verso du Codex Manesse, représentant « Herr Goeli », un Minnesinger rhénan de la fin du XIIIe siècle. Les deux personnages jouent au « jeu de tables, l’ancêtre du backgammon. Comme dans mes enluminures, la forme du cadre a été modifiée, et le cimier et les armoiries ont été retirés, comme vous pouvez le voir sur l’original:

 

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