Nouvelle enluminure inspirée du codex Manesse…et nouvel enlumineur!!

Posted by Mathilde  juin 03, 2008  3 Comments »

Encore une me direz-vous! Mais cette fois-ci c’est un peu différent puisque ce n’est pas moi qui l’ai réalisée mais mon cher Goscelin. Je dois avouer que j’ai été stupéfaite par la qualité de sa réalisation, sachant qu’il s’agit de sa première enluminure!!!!!!  Bon, c’est vrai qu’il peint depuis longtemps, notamment à la peinture acrylique et qu’il a un je-ne sais-quoi dans le coup de pinceau qui restitue magnifiquement le moindre détail. Pourtant ce n’est pas simple de passer aussi abruptement de ces techniques modernes à la lente pose des différentes couches de carnation, il a d’ailleurs été fort surpris par cette superposition. Et au-delà de l’aspect technique, j’ai trouvé fabuleux ces longues heures passées attablés côte à côte à nos enluminures respectives, c’est véritablement une passion commune!! Nous envisageons d’ailleurs de faire des enluminures « à quatre mains », profitant des spécialisations de chacun… Ne lui dites pas mais j’envie secrètement la manière dont il a traité les plis des deux tuniques des personnages…je pense lui voler son secret d’atelier !!

 

 

Il s’est inspiré du folio 262 verso du Codex Manesse, représentant « Herr Goeli », un Minnesinger rhénan de la fin du XIIIe siècle. Les deux personnages jouent au « jeu de tables, l’ancêtre du backgammon. Comme dans mes enluminures, la forme du cadre a été modifiée, et le cimier et les armoiries ont été retirés, comme vous pouvez le voir sur l’original:

 

Réalisations d’après le Codex Manesse

Posted by Mathilde  avril 29, 2008  3 Comments »
Une fois n’est pas coutume j’ai décidé un peu de mes limites chronologiques pour réaliser quelques enluminures issues du Codex Manesse (autrement appelé Große Heidelberger Liederhandschrift). J’aime particulièrement les miniatures issues de ce codex qui, à mes yeux, représentent au mieux l’idéal de l’amour courtois. Tout est un vrai ravissement : le choix des couleurs, le modelé des visages et des plis ainsi que le thème des scènes. Mon interprétation de 2 enluminures de ce recueil n’a pas vraiment de lien avec mon projet personnel, même si j’ai utilisé les mêmes matériaux, et tout ceci a été fait par pur plaisir.
Un peu d’histoire:

Le codex Manesse, aujourd’hui conservé à la bibliothèque universitaire de Heidelberg, est un vaste recueil de poésies courtoises, réunies à la fin du XIIIe siècle par un homme de loi zurichois, Rüdiger Manesse et son fils, Johannes. Il a semble-t-il été réalisé en Alsace entre 1300 et 1330. Le codex contient les textes de chansons d’amour composées en allemand médiéval (Mittelhochdeutsch) par des poètes reconnus de leur époque et dont plusieurs étaient des dirigeants importants. Ces poètes, les Minnesänger, sont en quelque sorte les équivalents allemands des troubadours et trouvères. Le noyau du manuscrit est formé des oeuvres de 110 auteurs dont les textes ont été copiés en 1300 ou dans les années qui suivent. Ce n’est qu’après la mort de Rüdiger Manesse qu’on ajouta (jusqu’en 1330/1340) les oeuvres de trente autres poètes.
On ignore qui mena ce travail complémentaire. Le Codex Manesse a été conçu selon un plan. D’un côté, les poètes sont ordonnés hiérarchiquement: d’abord l’empereur Henri VI de Hohenstaufen et 
son petit-fils Conrad IV, puis les rois, ducs, comtes et barons et enfin les poètes n’appartenant pas à la noblesse, la majorité.


Le manuscrit compte 137 miniatures, qui forment une série de « portraits » de chaque poète qui sont sources de renseignements intéressants sur les costumes, coutumes et armoiries de l’époque. Les personnages sont souvent placés dans des positions sophistiquées qui trahissent un certain maniérisme. Celles-ci sont prétexte à créer un riche drapé. Les visages restent encore assez stéréotypés. Cependant, les personnages sont caractéristiques des canons gothiques. Un grand nombre de nobles y sont représentés dans leur tenue d’apparat ou équipés en tenue de tournois. Ils sont reconnaissables grâce à leurs symboles héraldiques bien que leur visage soit parfois caché par un heaume.

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Mes réalisations :

 

J’ai réalisé pour l’instant deux enluminures d’après ce manuscrit : il s’agit de deux scènes d’amour courtois. Mais je n’ai à aucun moment voulu reproduire les miniatures, il s’agissait pour moi de me les approprier et de les modifier afin de les faire coïncider avec un contexte assez personnel. C’est pourquoi on ne retrouve pas la forme oblongue du cadre multicolore qui entoure les enluminures ainsi que les blasons des Minnesänger. J’ai également rajouté des éléments (texte, phylactères ou changé quelques nuances de couleur), comme vous pouvez le voir en comparaison avec les originaux que voici:.

    


Ainsi la première miniature s’inspire du folio 249v représentant « Herr Konrad von Altstetten » en charmante compagnie. Goscelin m’ayant fait comprendre à plusieurs reprises qu’il aimait particulièrement la scène représentée, j’ai donc décidé de m’en inspirer pour réaliser un cadeau de Noël assez personnalisé. J’ai placé les personnages dans un cadre carré, en retirant le haume et l’écu de la partie supérieure. Puis j’ai changé les couleurs des vêtements afin que ceux-ci correspondent d’avantages avec nos propres costumes médiévaux, modifié les coloris des cheveux des protagonistes pour qu’ils nous ressemblent un peu plus et enfin, j’ai ajouté 2 phylactères où se trouvent nos deux prénoms en latin. Bref tout ces petits changements pour nous représenter sur un enluminure s’inspirant du Codex Manesse…
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La seconde enluminure s’inspire du folio 252r, représentant « Herr Hug von Werbenwag ». Ici j’ai aussi j’ai retiré le cadre allongé pour le remplacer par en format plus compact (car j’ai retiré le blason et le heaume, qui sont inachevés sur l’original). Lors de la mise en couleur, j’étais pratiquement à court de pigment vert (malachite, très cher) d’où sa faible intensité et son remplacement à certains endroits. J’ai adjoint à cette miniature un court extrait en français moderne du lai du chèvrefeuille de Marie de France, en écriture gothique « textura quadratta » du XIVe siècle. L’idée m’est venue en comparant l’enlacement des personnages à celui du chèvrefeuille et du coudrier, évoqué dans ces vers. Et j’ai souhaité un texte clair et lisible de tous, d’où le choix d’une version « moderne » et d’interlignes bien plus espacés que dans les manuscrits d’alors.
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Je vous invite à aller jeter un coup d’oeil sur ce lien, où se trouve la numérisation du manuscrit original, conservé à l’université d’Heidelberg :
http://www.manesse.de/manesse0-9.shtml   et d’où je tire les photos présentes sur ce blog.

Et si la langue de Goethe ne vous insupporte pas, il existe cet ouvrage très intéressant: Ingo F. Walther, Codex Manesse. Die Miniaturen der Großen Heidelberger Liederhandschrift, éditions Insel.

Le canivet

Posted by Mathilde  mars 01, 2008  6 Comments »

Il y a quelques temps déjà, mon cher et tendre Goscelin s’est mis en tête de m’offrir un couteau pour copiste, que l’on nomme canivet. Après de nombreuses péripéties et de nombreux échanges de mails avec un coutelier anglais, me voici en possession d’un petit bijou d’os et acier, tranchant comme un rasoir…le parchemin n’a qu’à bien se tenir !!!!


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Qu’est-ce qu’un canivet ?

Comme je l’ai dit, il s’agit d’un instrument tranchant très souvent représenté sur les enluminures, un couteau avec une lame à la forme très spécifique. Dans les textes latins, on le nomme tantôt cultellus (petit couteau), tantôt scapellus. Plus tardivement dans la période médiévale on le nomma canipulum qui donnera le français canivet (ou quenivet) ainsi que l’anglais knife.

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Le canivet, un outil polyvalent :

 

Dans les miniatures on peut remarquer qu’il est tenu de diverses manières par les copistes, suivant la tâche à accomplir. Ce véritable « couteau suisse avant l’heure » peut avoir 3 fonctions, du fait de sa lame :

  • Le premier usage est de maintenir la page de parchemin immobile. Pour ce faire, comme on peut le voir sur cette miniature, le copiste piquait la pointe du canivet dans le parchemin, de manière superficielle afin de ne pas endommager le support. Cette nécessité de maintenir le parchemin s’explique par la posture du copiste, qui écrivait à main levée, sans prendre appui sur ses mains.

 

  • La seconde fonction du canivet est de tailler les pointes des plumes, grâce à sa grande lame latérale. En effet, les principaux outils scripteurs utilisés pour écrire sur le parchemin étaient la plume et le calame. Mais ces outils s’usent assez vite et leurs becs ont besoin d’être taillés fréquemment.

 

  • Enfin, le canivet peut être utilisé comme un grattoir et ainsi permettre de corriger des erreurs de copies. En langage codicologique, le verbe correspondant à cette action est « éraser », c’est-à-dire « supprimer une lettre, un mot ou un passage à l’aide d’un grattoir (D. Muzerelle).  Le grattoir permettait également la suppression de mentions liminaires devenues gênantes (marques de possession par exemple). Cette pratique peut être également rapprochée de celle des palimpsestes, ces « manuscrits anciens grattés puis recouverts d’une seconde écriture » (E. Littré).

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Quelques détails techniques de coutellerie….


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A noter que d’après l’artisan ayant fabriqué cette pièce, le type de montage de la soie utilisé pour mon canivet ne serait plutôt rare au XIIIe siècle puisqu’il s’agit d’un montage de soie classique (classic tong), où une lamelle prolongeant la lame est prise en sandwich entre les deux « tranches » du manche, le tout fixé à l’aide de rivets. Avant le XVe siècle la grande majorité des couteaux étaient montés en « whittle tong », c’est-à-dire qu’une pointe prolongeant la lame était enfoncée dans un trou creusé dans l’axe du manche, lequel manche est dans ce cas d’une seule pièce. Une bague en métal était souvent placée entre la lame et le manche pour consolider le tout.

 

Une robe de bourgeoise messine de la fin du XIIIe siècle

Posted by Mathilde  janvier 02, 2008  No Comments »

Comme vous le savez, mon personnage est une artisane, enlumineresse, résidant en la ville de Metz à l’extrême fin du XIIIe siècle et au début du XIVe siècle. C’est pourquoi j’ai décidé d’utiliser les sources messines disponibles (enluminure et statuaire) pour réaliser ce costume, qui sera amélioré au fur et à mesure. En voici les différents éléments dans sa première mouture:

  • Une robe en lin bordeaux: Cette robe a été réalisée à partir d’un patron basique en T avec des godets de part et d’autre, afin de donner plus d’ampleur. Pour donner une plus grande liberté de mouvement, des losanges d’aisance sont placés sous les aisselles. Un amigaut permet de d’ajuster le col et il se clôt par un fermail de laiton. Le col est orné de broderies en laine fine rose pâle (des rinceaux de feuilles et de fleurs d’après les décorations marginales des manuscrits de cette période).  Ce type de vêtement est montré à plusieurs reprises dans les manuscrits de Renaud de Bar et est extrêmement courant à l’époque. La taille est ajustée par une fine ceinture de cuir, à la boucle et au mordant en laiton également. Dans un futur plus ou moins proche, je pense que j’opterai pour une ceinture en galon. 

  • Une aumônière de lin brodé de laine est accrochée à la ceinture : on y trouve la représentation d’un léopard inspiré des broderies des vêtements liturgiques de Göss. Ce médaillon est à rapprocher des plafonds peints du Voué, réalisés à Metz à la même époque (l’article concernant l’aumônière est ici).

 

  • Par dessus cette robe, un mantel circulaire de drap de laine vert et doublé de lin naturel peut être placé sur les épaules. Il est maintenu par une bande de drap cousu de chaque côté du col. Ce mantel peut être porté de plusieurs façons : laissé pendu des deux côté des épaules  il peut également être drapé.

 

  • De nombreuses coiffes féminines sont visibles dans les manuscrits de Renaud de Bar. Parmi celles-ci, la crépine ou résille a été choisie car récemment les artisanes
    textiles de l’association « Les Arachfai » (leur blog ici) en ont réalisées de magnifiques. La mienne a été réalisée en soie et maintient les cheveux sur l’arrière de la tête. Un cerclet, en galon, vient également se placer sur cette coiffe pour orner l’ensemble.

 

Bien entendu ce costume est voué à évoluer ou être modifié au fil des expériences et des découvertes. Des éléments nouveaux viendront sans doute s’y ajouter pour « accessoiriser » d’avantage la tenue, car ce sont dans certains petits détails que l’on personnalise une tenue. D’autres vêtements viendront également la compléter, en fonction des saisons (surcot, chaperon, gants, etc.) ou des envies.

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