Une aumônière brodée…

Posted by Mathilde  octobre 13, 2007  5 Comments »


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Depuis quelques années, j’arbore sur mes divers costumes une escarcelle de cuir, fort jolie et ornée d’un insigne de pèlerinage à Saint-Nicolas de Port. Malheureusement, après de nombreuses recherches iconographiques et des discussions avec de nombreux médiévistes, j’ai réalisé que cette pièce n’est absolument pas avérée pour une femme à cette époque. Je l’ai donc laissé depuis deux saisons dans mon placard.  Désireuse toutefois d’emporter avec moi un petit « nécessaire de survie » lorsque je pérégrine suis les différents évènements, j’ai tenu à remplacer cette escarcelle par une aumônière en lin blanc, brodée à la laine.

 

Après quelques temps de réflexion, j’ai compulsé quelques sources allant de la bible de Maciejowski (1240) au codex Manesse (jusque 1340). Voici les quelques formes générales d’aumônière que j’ai trouvé, afin de voir la façon dont elles étaient portées:

 

 Sources iconographiques :

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Sources archéologiques :

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On en trouve une multitude sur ces divers liens : http://www.larsdatter.com/pouches.htm http://www.cottesimple.com/alms_purse/alms_purse_history.html

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D’après ces sources, les aumônières de la fin du XIIIe siècle étaient beaucoup plus grandes que celles du début du siècle. Ainsi l’aumônière de Jean II de Brabant (réalisée à partir 1290) mesure 30 cm sur 43 cm   et un fragment de bourse-reliquaire mesure déjà 15cm. Pour ma part mon aumônière fera 26 cm de long et 18 cm de large environ.


L
a bourse-reliquaire de Saint-Trond est particulièrement intéressante car on peut y voir la trace des pampilless à la base ainsi que ceux fixés sur les cordons de fermeture. C’est ce modèle qui m’a aidé plus particulièrement pour mon aumônière. J’ai interprété les fils visibles sur les côtés comme des reliquats d’une décoration (des lacs de laine pour ma part mais ce n’est qu’une interprétation).

De la recherche du motif….


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Ensuite, je me suis mis à la recherche d’un motif pour préciser un peu plus l’origine géographique de la pièce, ainsi que la richesse de sa propriétaire. C’est d’ailleurs à partir du statut social de mon personnage, bourgeoise messine de la fin du XIIIe siècle que j’ai opté pour les fils de laine. Pour la décoration, j’ai décidé de m’inspirer de la dalmatique de l’ensemble de vêtements liturgiques provenant de l’abbaye bénédictine  de Göss, près de Leoben dans l’actuelle Autriche (voir la carte). Cet ensemble, composé  d’un ornement d’autel, d’une chasuble, d’une dalmatique, d’un tunique et d’une chasuble,  a sans doute été réalisé par les moniales du lieu, et notamment par l’abbesse Kunigunde (Cunégonde), vers 1260. Les matériaux utilisés sont le lin et des fils de soie pour les broderies.


Vouz trouverez ici le lien menant à l’ensemble des vêtements liturgiques de Göss.
J’ai vite trouvé, dans la multitude de motifs présents dans ces pièces archéologiques, un médaillon qui me plaisait beaucoup et donc les couleurs me satisfaisaient. Ce médaillon représente un léopard rouge sur un fond jadis vieil or (dont il ne reste plus que quelques fragments). C’est donc ce motif que j’ai désiré reproduire en l’isolant sur mon aumônière :

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Croisement des sources germaniques…

Comme vous pouvez le remarquer, l’origine de ces pièces archéologique est l’est du Saint Empire Romain Germanique. Or mon personnage vit à Metz, dans une ville libre d’Empire, dans la 2nde moitié du XIIIe siècle. Cette cité puisant à la fois ses influences dans les cultures françaises et germaniques, la dalmatique de Göss peut convenir comme source pour l’aumônière, à condition de la croiser avec une source locale prouvant une généralisation. Or il se trouve qu’un léopard du même type se retrouve dans un des médaillons d’un plafond peint réalisé au XIIIe siècle à Metz et conservé au musée de la Cour d’Or (je n’ai pas de photos de ce médaillon en particulier mais voici une petite présentation, ici ).

 

Réalisation de l’aumônière :

Travail de longue haleine puisque la réalisation s’est déroulé de début juillet à début octobre, suivant mes disponibilités. N’y connaissant rien en broderie, j’ai tout d’abord demandé des conseils techniques à mon amie Zébodora, apothicaire et merveilleuse brodeuse. Ensemble nous avons choisi les matériaux (elle m’a même trouvé de la laine vieil or filée main !!!) et analysé l’original pour y retrouver les points de broderie. J’ai commencé par le remplissage du léopard en passé empiétant, puis à celui du fond et enfin par le cercle:


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Pour finir, le cernage, qui est réalisé au point de tige sur l’original, a été rendu impossible par l’épaisseur de laine due à la petitesse du point de remplissage à quelques endroit de la broderie. Les yeux et la bouche du léopard ont quant à eux été réalisé avec une laine de couleur naturelle filée par mes soins cet été dans cette perspective.

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Début octobre, la partie « broderie » était achevée, il ne me restait plus qu’à réaliser le montage (couture main) pour en faire une aumônière. Je l’ai totalement doublée de toile de lin blanche, pour plus de solidité et pour ne pas laisser l’envers de la broderie visible. Puis j’ai réalisé des œillets au point de feston avec la même laine rouge. Les cordons à coulisser ont été réalisés avec la technique « aux doigts ». Puis j’ai réalisé un grand cordon de laine toronnée qui court tout le long de l’aumônière et sert à sa suspension à la ceinture. Le tout à été cousu à la toile de lin et voici le résultat :


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Réalisations d’après le Bréviaire de Renaud de Bar

Posted by Mathilde  septembre 08, 2007  8 Comments »


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L’un des plus beaux manuscrits lorrains est, à mes yeux, le Bréviaire de Renaud de Bar (ou plutôt les 2 volumes du bréviaire de cet évêque de Metz). Il semble incarner pour moi l’essence même de ce qu’est un manuscrit médiéval avec son épaisse écriture gothique (une textura quadratta), ses lettres historiées, ses bouts de lignes et ses marges souvent amusantes. Aussi, depuis plusieurs années, je m’efforce de m’inspirer de cette merveille pour réaliser mes propres enluminures, selon les méthodes traditionnelles (pigments naturels, tempera, feuille d’or, parchemin de chevreau, etc…). C’est une magnifique source, qui permet une grande diversité des thèmes et je m’en sers également pour la réalisation de mes costumes.

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Un peu d’histoire:

 

Le Bréviaire de Renaud de Bar est en fait composé de deux codices: le codex d’été est actuellement conservé à la bibliothèque municipale de Verdun (manuscrit BM 107 visible ici sur la base Enluminures) et le Bréviaire d’Hiver, conservé à la British Library ( visible ici sous la côte Yates Thompson 8). Il a été réalisé à Metz vers 1302-1303, probablement par une équipe d’enlumineurs franco-anglais, pour Renaud de Bar (mort en 1316). Ce dernier devint abbé de l’abbaye Sainte-Marie-Madeleine de Verdun en 1302 et évêque de Metz en 1303. Selon certaines hypothèses, le commanditaire du manuscrit serait la soeur de Renaud, abbesse bénédictine verdunoise. Mais selon d’autres, le manuscrit aurait été commandité par la mère de Renaud, Jeanne de Toucy (dont les armes sont présentes à de nombreuses reprises au fil des folios). Le volume conservé à Verdun est inachevé: de nombreux dessins sont seulement exécutés à la mine de plomb, ce qui permet de voir les diverses étapes de réalisation. Cet état d’inachèvement  résulte peut être de l’élection de Renaud de Bar en tant qu’évêque de Metz: en effet le Bréviaire avait été réalisé  à l’usage de Verdun et il ne l’a sans doute pas réutilisé dans la cité messine. Quoiqu’il en soit, ces codices montrent la richesse culturelle qui régnait à Metz à l’extrême fin du XIIIe siècle, la haute technicité dont étaient capables les copistes et enlumineurs de cette ville ainsi que l’influence d’un maître anglais dans la peinture.

Mes réalisations:

De mon côté, étant messine et reconstituant la fin du XIIIe siècle, je me suis inspiré du Bréviaire à plusieurs reprises, surtout de sa partie d’été. Alors voici tout d’abord un Ave Maria dont l’enluminure est issue du Psautier de Renaud de Bar:

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A l’origine, comme vous pouvez le constater, cette lettrine historiée  n’accompagnait pas ce verset de saint Luc mais j’ai pris cette liberté, puisque la scène représentée (une Annonciation) correspond avec ce passage des Evangiles. J’ai quelque peu simplifié le dessin et modifié quelques couleurs. Cette enluminure a été faite sur parchemin de veau, la voici (la photo est un peu pâle) :

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Ensuite j’ai réalisé un détail d’un décor marginal. Cette scène représente des chiens assiégeant une ville défendue par des lapins. J’ai trouvé ce thème drôle et frais et l’ai donc reproduit sur un petit morceau de chevreau, en apportant un soin particulier aux pelages des animaux.

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Mais quelques temps plus tard, quelle ne fut pas ma stupéfaction en découvrant la connotation de cette scène dans le magnifique ouvrage « Le Moyen-Age en lumière ». Voici ce qui est dit au sujet de cette scène: A partir de la fin du XIIIe siècle, dans le décor des marges, le thème de la chasse et celui du siège d’un château constituent fréquemment une allusion à la conquête amoureuse. Hommes et femmes y sont remplacés par des animaux : oiseaux de proie et gibier à plumes, ou bien, comme ici, chiens et lièvres ou lapins. Dans la symbolique médiévale, le lièvre (qui passe parfois pour hermaphrodite) a une forte connotation sexuelle et le « connin » (lapin) évoque directement le sexe de la femme. J’étais loin de me douter de tout cela lors de la réalisation !!!

En tout cas, la multitude d’enluminures que proposent ces manuscrits est stupéfiante et m’inspire encore beaucoup, j’ai déjà quelques projets en tête, qui se concrétiseront avec le temps… D’ici-là n’hésitez pas à aller dans mon album photo intitulé « Réalisations » pour les voir en meilleure définition et SURTOUT allez voir les originaux sur les bases de données :

Pour le Bréviaire d’été : la Base Enluminures (aller dans Verdun, manuscrit 107)

Pour le Bréviaire d’hiver :base de la British Library.

Séjour à Guédelon….

Posted by Mathilde  août 30, 2007  3 Comments »

Quoi de mieux pendant les congés d’été que de faire une coupure nette et brutale dans notre train-train quotidien en se mettant au vert ?  C’est en partant de cette considération que j’ai décidé, en compagnie de mon cher et tendre, de passer une semaine en tant que bénévole sur le chantier médiéval de Guédelon pour nous aussi faire partie de l’aventure.


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A
ussi dit, aussi tôt fait et me voici à peine 8 jours plus tard à arpenter le chantier en me proposant comme manœuvre. Dans l’intervalle, j’ai réussi à coudre une solide robe de travailleuse, sans manches ainsi qu’une coiffe d’après quelques enluminures. Le plus dur reste cependant à faire : me trouver une activité en adéquation avec mon gabarit.  Nul doute que la maçonnerie ou la taille de pierre m’aurait tenté mais finalement j’opte, dans un premier pour une activité bien moins physique : le travail de la laine dans l’atelier du Petit Teint, dans le village des essarteurs.

Et si on disait que j’étais  « fileuse, teinturière et tisserande » ?

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L
es premiers jours j’ai installé mes pénates dans une charmante maison de torchis et de bardeaux au cœur de la forêt, environnée du troupeau de mouton et du jardin à plantes tinctoriales. Il s’agit de la seule maison du village à laisser entrapercevoir une pièce d’habitation plutôt rustique au premier abord. Un véritable petit paradis terrestre sur lequel veille Chantal en y apportant sa bonne humeur.


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Elle m’apprend en un après midi à filer la laine de son bruyant troupeau et le lendemain, je retourne chez elle pour teinter et encore filer au fuseau, en expliquant la démarche du chantier et la vie quotidienne aux visiteurs. Puis s’en viennent quelques échanges d’informations entre « habitants » du village : plusieurs villageoises ont besoin de renseignements sur les costumes du XIIIe siècle et les textiles (cette année est l’an 1238 à Guédelon) et j’ai justement emmené avec moi mes robes.
Le lendemain, Chantal m’initie à la teinture et au tissage. D’ailleurs son métier à tisser, qui trône fièrement dans la partie atelier de la maison à une superbe vue sur le château en construction, le prés des chevaux de trait et accessoirement sur la zone du chantier où Goscelin s’évertue à poser des coussièges en compagnie des maçons.

 

Et si on disait que j’était « bûcheronne » ?


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Alors là, je sais, ça ne fait pas très crédible vu ma carrure mais j’ai voulu être plus en contact avec la construction. Jean-Michel, le chef des bûcherons m’a proposé, ainsi qu’à Goscelin, de travailler sur la nouvelle maison à pans de bois qu’il se construit au fond du bois. J’avoue que la proposition était assez tentante car j’ai toujours admiré l’ingénieux système de montage de ces bâtiments et l’opportunité d’y prendre part est plutôt rare. Me voici donc dans la forêt, armée d’un marteau  et d’un débauchoir pour tailler tenons et mortaises dans des poutres âgées de deux ans.
 

Les débuts sont plutôt difficiles mais peu à peu je me laisse entraîner par l’atmosphère, l’odeur du chêne vert, le bruissement du feuillage et le rythme des instruments de travail de mes comparses. Je n’hésite pas à grimper sur les poutres en robe et termine la journée en taillant une mortaise. Bref une excellente journée où je me suis bien dépensé et ai lié d’amitié avec des bûcherons. Goscelin, totalement subjugué par ce travail du bois restera à ce poste quelques jours encore, tandis que je retourne à mes moutons…

Et si on disait que j’étais « fèvresse » ?

Depuis de longues années je suis fascinée par la forge, les couleurs du métal chauffé et la possibilité de réaliser de superbes objets. J’ai donc demandé au forgeron de rejoindre son atelier, et Goscelin m’a suivi dans l’aventure.


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Le fèvre a commencé par me trouver une masse adaptée à ma force (la plus petite de la forge…) et à m’expliquer les couleurs, les revenus et la précision des gestes à avoir. J’ai également appris à manier le soufflet de forge, vieux de 250 ans et l’enclume qui m’a était dévolue datait du XVe siècle, c’était impressionnant ! S’en est suivi une longue série de pointes pour fixer les bardeaux et des clous (qui ont, eux, contrairement aux pointes une tête) pour fournir le chantier. Puis j’ai assisté à la réparation des outils des tailleurs de pierre. Le lendemain, j’ai réalisé un traçoir utilisable sur la pierre et Goscelin a réalisé un « fusil », c’est-à-dire un briquet pour allumer le feu.

 

Mais au bout d’une semaine, il a fallu revenir à la dure réalité : non nous n’étions pas en 1238, je ne suis pas oeuvrière et j’ai une vie trépidante et moderne à continuer. C’est donc avec le cœur lourd que j’ai quitté le chantier, me promettant d’y revenir l’an prochain, et peut être celle d’après et ainsi de suite, pendant de longues années, jusqu’à arriver à ce résultat:


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Une coiffe de travail XIIIe siècle…

Posted by Mathilde  août 27, 2007  11 Comments »
Edition de septembre 2011: Depuis la parution de cet article, bien de l’eau a coulé sous les ponts et de nouvelles sources tendent à rapprocher le type de coiffe présenté dans cet article avec la coiffe de sainte Brigitte. Si cette coiffe était à refaire, je choisirai sans nul doute les solutions proposées sur ce blog et celui-ci plutôt que mon ancienne version. 
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Début août, j’ai passé une partie de mes vacances en tant que bénévole sur le chantier médiéval de Guédelon. J’ai pousser un peu plus l’aspect visuel du costume fournit sur place (à savoir un simple bliaud), j’ai décidé de me confectionner dans le peu de temps qu’il me restait une robe et une coiffe pour tenir mes cheveux. L’an 2007 correspond à l’année 1238 pour Guédelon et c’est pourquoi j’ai recherché une « coiffe de travail » dans la bible de Maciejowski (ou Bible de Morgan), commandée en 1240 par Louis IX. Après feuilletage virtuel du codex, je me suis décidé pour ce type de coiffe de travail :
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Dans le manuscrit, toutes les femmes qui la portent ont une bonne raison de tenir leurs cheveux, que ce soit pour ne pas les entraver dans leur travail, pour les maintenir lors du marche (voir l’image des pèlerins) ou pour les relever le temps de prendre un bain. Bref la coiffe idéale pour ne pas avoir les cheveux dans le visage. Elle se porte le plus souvent sur l’arrière de la tête, de manière à laisser apparaître sur le devant quelques mèches de cheveux. De plus les personnages la portant au quotidien semblent être des servantes, nourrices ou des femmes de modeste condition, ce qui convenait tout à fait pour mon personnage d’oeuvrière.. Après ce choix crucial, je me suis lancé dans la coupe et la couture (2h au grand maximum, le temps de faire l’ourlet), dans une toile de lin et avec des brins de laine blanche tressés. Voici le résultat « in situ », après une bonne journée de travail:

 

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 Et voici un petit croquis pour voir le montage:


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Il s’agit d’un demi-cercle légèrement modifié en lin, auquel est adjoint un long cordon (2m50) de laine. En suite il suffit de mettre ses cheveux en un chignon très lâche, de serrer le cordon autour de la tête, de « retrousser » la circonférence du cercle autour du chignon, de cercler plusieurs fois la tête et le chignon avec le cordon et de finir par un noeud. Cela donne une coiffure qui tient très bien et qui est très confortable !

 

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