Un véritable manuscrit médiéval (1ere partie)

Posted by Mathilde  avril 07, 2015  No Comments »

En septembre dernier, alors que nous étions en pleine installation de nos ateliers dans la jolie chapelle de la Miséricorde, mon ami Poince m’a offert un cadeau dont je n’osais même par rêver: une véritable page d’un manuscrit médiéval! Passé le coup de l’émotion, ce cadeau s’avère être désormais un élément désormais important de mes animations sur les manuscrits médiévaux. Car jusqu’ici seules des reproductions étaient présentées, qui n’avaient pas la valeur de témoin direct qu’a cette page originale, laquelle devient donc un excellent complément à toutes les réalisations personnelles que je présente. Pourtant, on pourrait penser qu’il ne s’agit « que » d’une page abîmée et peu décorée, mais elle fourmille d’éléments permettant d’appréhender la fabrication, l’usage et le réemploi de certains manuscrits. 

présentation

 

• Le texte et l’écriture:

Sur les deux faces de ce feuillet se trouvent les chapitres 3 à 5 du Livre de Job. On peut d’ailleurs lire au verso, au début de la deuxième colonne: « Respondens aut[em] Job dixit ». La présence à l’encre rouge d’abréviations pour des termes comme Lectio (la lecture durant l’office) et respons (une partie chantée de l’office) montre l’usage liturgique de ce manuscrit. Les lettres, en écriture gothique, ont tendance à s’arrondir un peu et certaines se terminent par des empâtements (h, q). Cette écriture est très proche de celles rencontrées dans certains manuscrits du milieu du XIVe siècle. On remarque également les réglures, tracées à la mine de plomb, entre lesquelles vont être écrites les lettres (pour en savoir plus sur les réglures).

écriture

 

Un tout petit détail permet également de comprendre à quel point le travail des copistes était fastidieux, et que des erreurs de copies naissaient parfois d’instants d’inattention. Sur la 5eme ligne du recto‚ un mot est barré: à cet endroit, le copiste à recopié deux fois par mégarde le mot « aquis », déjà présent sur la ligne précédente. À la relecture, le doublon a été biffé à l’encre rouge.

répétition aquis

 

  • L’encre:

Ce feuillet permet également d’expliquer la composition de l’encre et son vieillissement, processus que je ne pouvais jusqu’ici qu’évoquer sans pouvoir en montrer les effets à long terme. En effet, sur ma table sont toujours présents des noix de galle et du sulfate de fer, qui entrent dans la composition de certaines encres noires à l’époque médiévale. Ce sont ces ingrédients dont je me sers pour fabriquer l’encre comme je l’avais présenté dans cet article. Mais cette page pluriséculaire qui présente des tâches brunâtres au niveau de l’encre, permet d’évoquer l’oxydation du fer contenu dans l’encre au fil des siècles.

encre

Une seconde encre, de couleur rouge, est utilisée pour les rubriques (qui se nomment ainsi en raison de leur couleur, rouge se disant rubrica en latin). Ce sont ces rubriques qui permettent d’indiquer l’usage liturgique des différents textes. Le passage à cette autre couleur permet de se repérer dans la page en un seul coup d’œil. Autre petit détail: la hiérarchie des textes est visible directement: le module d’écriture du texte principal (en l’occurrence ici le livre de Job), est plus gros que celui des respons.

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  • Les initiales filigranées:

Les seuls ornements de ce feuillet sont neuf lettres filigranées qui indiquent le début de chaque passage du Livre de Job et permettent de se repérer dans l’espace de la page. Elles sont alternativement rouges et vertes puis bleues et rouges. Elles occupent l’espace de 2 lignes de texte mais certaines se prolongent dans les marges. A l’occasion d’un article sur ce type d’initiales, j’avais expliqué la hiérarchie des différentes lettrines présentes dans les manuscrits, et l’initiale filigranée est la plus simple d’entre elles. Il s’agit d’une lettre peinte entourée d’un décor filiforme fait de lignes géométriques, de cercles, de crochets, donnant un motif s’inspirant du règne végétal (pour en savoir plus). Ceci se remarque particulièrement ici puisque certaines lettres (notamment les lettres Q) comportent en leur centre des fleurettes ou du feuillage.

lettres filigranées

 

Comme vous pouvez le voir, ce feuillet regorge d’informations sur la copie des manuscrits. Mais d’autres éléments nous informent sur le support d’écriture et le remploi. Ces derniers seront l’objet d’un second article, à venir très prochainement. 

Piqûres et réglures

Posted by Mathilde  février 16, 2015  2 Comments »

Lorsque nous présentons nos réalisations, la question de la mise en page du texte et d’un guide pour écrire bien droit revient très souvent chez nos interlocuteurs. Longtemps nous avons préparé nos pages avec du matériel moderne, mais l’acquisition il y a quelques années d’un outil vraisemblablement dédié à cet usage nous permet désormais de présenter le système des réglures. Il s’agit d’un poinçon composé d’une pointe métallique insérée dans un manche d’os tourné, réalisé par Bikkel en Been  et reproduisant un objet inspiré artefacts trouvés lors de fouilles archéologiques.

parchment pricker

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Rôle des piqûres et des réglures dans les manuscrits :

Bible Hambourg

La réglure a lieu amont de la copie d’un texte sur un feuillet de parchemin : elle consiste à tracer un certain nombre de lignes qui ont pour fonction de délimiter la surface à écrire et de guider l’écriture. Il s’agit véritablement de l’ossature de la mise en page, à l’image de l’actuel quadrillage Seyès bien connu des écoliers. La première étape consiste à piquer le parchemin, à l’aide d’un canif ou d’un poinçon, afin de former les extrémités de lignes rectrices sur lesquelles toute la mise en page va s’appuyer. On peut ensuite passer à l’étape du traçage des lignes, comme le fait ce saint (probablement saint Jérôme) sur cette lettre historiée de la Bible de Hambourg (pour en savoir plus sur ce manuscrit).

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Au fil des siècles et des lieux de production, différentes méthodes ont été utilisées, à savoir :

  •  La réglure à la pointe sèche, qui consiste à « graver » la ligne à l’aide d’un outil pointu ou tranchant. En exerçant une pression plus forte, on peut régler en une seule fois le recto et le verso d’un feuillet voire même plusieurs feuillets en même temps.

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Réglures XII et XV

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  • . A partir du XIIe siècle, on voit apparaitre la réglure à la pointe traçante où une marque colorée est faite sur le parchemin à l’aide d’une mine de plomb ou d’une plume qui laisse un mince filet d’encre. Cette encre peut être de couleur neutre (marron, noire) ou colorée (rouge, violet) comme dans certains manuscrits des XIVe et XVe siècles.

 

Le poinçon à parchemin :

Acheté il y a quelques années à Pontoise chez Bikkel en Been, l’outil que nous utilisons pour faire les piqûres et les réglures est une copie d’un des nombreux instruments de la sorte trouvés lors de fouilles en Angleterre, dans des contextes monastiques. Il s’agit d’un fût d’os tourné et décoré, de 7 à 9 cm de longueur, au bout duquel une pointe métallique est insérée. Néanmoins, son utilisation pour les réglures est sujette à débat : si certains spécialistes y voient effectivement un outil servant à réaliser les piqûres des manuscrits, d’autres le considèrent plutôt comme un style servant à écrire sur la cire de tablettes.

artifacts

A l’usage, cet outil se révèle en tout cas parfait pour la réalisation de piqûres : son extrémité arrondie est un excellent point d’appui pour le pouce lorsque l’on pique dans plusieurs épaisseurs de parchemin. La section de sa pointe métallique permet de réaliser des piqûres rondes, à l’image de celles présentes dans certains manuscrits réalisés à Metz vers la fin du XIIIe siècle ou au début du XIVe siècle. Quant aux  réglures en elles-mêmes, nous n’utilisons que très rarement la pointe sèche (qui était plus rarement utilisée vers 1300) et les faisons plutôt à l’aide d’une mine de plomb ou à l’encre très pâle.

Réglures Renaud de Bar

Bonne année 2015

Posted by Goscelin  janvier 02, 2015  No Comments »

carte 2015

Miniatures provenant du Pontifical à l’usage de Metz réalisé pour Renaud de Bar (Prague, Bibliothèque nationale, ms. XXIIIC 1-20), visible intégralement ici

De retour à la Maison de la Dîme de Rettel

Posted by Goscelin  décembre 09, 2014  No Comments »

Le 26 octobre, nous avons eu le plaisir de retourner le temps d’une journée à la maison de la Dîme de ..Rettel. Cette fois, l’hiver se faisant sortir, la belle cheminée du XVIe siècle, loin de n’être que décorative, a retrouvé son utilité et nous a fourni une flambée réconfortante.

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En plus de nos ateliers habituels, une nouveauté était apportée par notre nouveau membre, Adrien, qui présentait les métiers du textile, du filage au vêtement terminé, ainsi que de nombreux accessoires vestimentaires.

montage rettel2Grâce à l’accueil toujours aussi agréable de l’équipe de la Maison de la Dîme, et à l’intérêt des visiteurs tant pour l’histoire du bâtiment que pour nos activités, nous avons passé à nouveau un très bon moment dans ce lieu unique, qui nous immerge si bien dans une autre époque.

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