Réalisation d’une reliure souple

Posted by Goscelin  février 14, 2013  3 Comments »

Je laisse à nouveau la parole à Goscelin pour présenter son dernier travail en reliure, certes un peu moins fastieux que le codex en cuir rouge dont il a parlé ici, mais ô combien intéressant puisque représentant un type de reliure très courant à l’époque médiévale. 

Dans un précédent article, nous avons présenté un codex relié avec les techniques en usage vers 1300. Il s’agissait de la reliure à ais de bois, qui représente la majorité des livres de prestige à l’époque médiévale. Mais parallèlement à ce type d’ouvrages, coûteux, il existe une reliure destinée aux livres d’usage plus courant comme des archives ou des livres de comptes. Je devrais dire des reliures, tant ce qu’on regroupe sous l’appellation « reliures souples » peut se décliner sous diverses formes : il existe différents types de couverture (cuir, parchemin, voire même tissu),  de couture (sur nerf ou sans nerfs, en cuir, en bande de parchemins…).

reliure souple

Elles ont toutefois en commun l’absence d’ais de bois, les couvertures étant uniquement constituées de cuir ou de parchemin. Souvent, il s’agissait de parchemin de réemploi, tradition qui a perduré bien après le Moyen-Âge. En effet, dès la Renaissance, des parchemins dont le texte et les enluminures nous sembleraient aujourd’hui d’une grande valeur n’étaient souvent considérés qu’avec désintérêt. Seule la matière première dont ils étaient constitués, le parchemin, avait de la valeur : on les réutilisait alors en tant que claies (pages de garde), ou bien comme ici, en couverture. Témoin, cet ouvrage conservé à la Bibliothèque Municipale de Metz : relié à l’époque moderne, sa couverture est un feuillet de parchemin du XIVe siècle

reliure bm

Le livre que j’ai créé est destiné à être utilisé en tant que carnet de croquis, que nous nous efforcerons de remplir de dessins à la mine de plomb  et à l’encre comme a pu le faire Villard de Honnecourt, cet architecte du XIIIe siècle célèbre pour ses croquis. J’ai utilisé une couverture de réemploi, ce qui devait être facile à se procurer dans un atelier du livre. Il s’agit ici d’une page ayant servi d’essai de calligraphie et qui n’a plus d’utilité aujourd’hui. Cela donne au carnet une allure un peu brouillonne qui dénote beaucoup avec mes précédentes réalisations, mais qui est cohérent avec son usage.

reliure souple 2

Les feuillets sont reliés en nœuds de capucin : cette méthode, utilisée du Moyen-Âge au XVIIIe siècle, consiste à fixer les cahiers par une bandelette de parchemin. Celle-ci, ressortant du dos du livre par deux trous, est humidifiée et tortillée sur elle-même. En séchant, le parchemin se rétracte et maintient fermement les feuillets en place. Afin de ne pas fragiliser le dos à force de manipulation de l’ouvrage, il était courant d’ajouter un rectangle de cuir sous les bandelettes.

noeud capucin

Cette méthode est adaptée aux livres d’archives susceptibles de recevoir à tout moment des feuillets supplémentaires en petites quantités : il suffit alors de percer deux nouveaux trous et de fixer les feuillets à l’aide de bandelettes supplémentaires.

Il s’agissait là de mon premier essai de reliure souple, mais j’espère explorer la richesse de ce type d’ouvrage avec de prochaines réalisations.

Les étapes de fabrication d’un manuscrit médiéval

Posted by Mathilde  janvier 22, 2013  3 Comments »

Voici une initiative très intéressante du Fitzwilliam Museum de Cambridge, qui à mis en ligne depuis peu une animation présentant les différentes étapes de fabrication des manuscrits médiévaux. Pour ce faire, ils se sont basés sur un manuscrit de leur collection, resté en partie inachevé et qui n’est autre que le Pontifical de Renaud de Bar dont je vous ai déjà parlé ici.

Pour expliquer les différentes techniques (préparation du parchemin, copie du texte, peinture, dorure et reliure) des photos ou des vidéos d’artisans réalisant la copie d’un folio de ce manuscrit illustrent chaque étape.  Bonne visite ! (cliquez sur les images pour y accéder) .

msfitzwilliammu

http://www.fitzmuseum.cam.ac.uk

Felicem annum XXIII!

Posted by Mathilde  janvier 04, 2013  4 Comments »

voeux 2013

 Les enluminures proviennent des marges du Bréviaire d’Eté de Renaud de Bar (ms. Verdun BM 107) dont je vous avais parlé ici

Un fauteuil d’enlumineur

Posted by Mathilde  novembre 12, 2012  11 Comments »

S’il est bien un élément de mobilier emblématique du métier de copiste ou d’enlumineur, c’est bien le fauteuil à plan incliné intégré (ou fauteuil à bras mobiles), visible sur de très nombreuses enluminures représentants des copistes ou des enlumineurs au travail. C’est à partir de ce constat survenu lors d’une conversation avec un ami menuisier, Jean-Pierre, que le projet de reproduire un tel meuble est né. Après une longue phase de recherches de sources, force a été de constater qu’aucun fauteuil de la sorte n’est parvenu jusqu’à nous. Par contre de nombreuses miniatures existent, couvrant une vaste période, et représentant tantôt des Evangélistes, des Pères de l’Eglise, des auteurs importants ou des copistes (essentiellement des clercs).

 2011 01

2011 02

 

Cette initiale historiée de la Bible de Hambourg (dont j’ai déjà parlé ici au sujet de l’enseigne de notre atelier et reproduit une miniature ici) nous a apporté des informations supplémentaires, puisqu’on y voit un artisan laïc utilisant ce meuble. Autre détail intéressant : il ne s’agit pas ici d’un copiste mais d’un enlumineur puisqu’il peint un visage sur ce qui semble être un bi folio. Cela peut laisser penser que certains ateliers d’enlumineurs laïcs étaient pourvus d’un tel meuble, de quoi nous inciter à reproduire un tel fauteuil pour le présenter lors de nos sorties avec notre atelier, mais surtout à tester son usage lors de la réalisation d’enluminures tout au long de l’année.

Se posait alors la question de la structure de ces bras mobiles et du montage des différents éléments de bois. En analysant les différentes enluminures, Jean-Pierre a proposé un système des bras montés sur pivots, et reposant sur des fourches. C’est sur ces deux bras que, grâce à des chevilles, que vient se placer le plan de travail. Après plusieurs versions de plans, rendez-vous a donc été pris chez lui dans le Morvan pour une semaine de menuiserie, à tailler des tenons et mortaises dans du chêne, des barreaux dans du hêtre et à fabriquer toute cette structure. Afin d’être facilement transportable, nous n’avons pas mis de repose-pied et les bras ainsi que le plateau peuvent facilement être détachés du fauteuil en lui-même. Après l’ajout de coussins en lin rembourrés de plumes au niveau du dossier et de l’assise, voilà notre fauteuil terminé et prêt à accueillir copistes comme enlumineurs :

fauteuil rettel

En plus de pouvoir présenter ce meuble si typique de ces métiers,nous voulions trouver un plan de travail ergonomique pour réaliser nos manuscrits avec une posture adéquate. En effet le travail du copiste n’est pas de tout repos pour le corps, comme le mentionne un colophon (inscription placée à la fin d’un manuscrit fournissant des indications relatives à sa transciption) du commentaire de l’Apocalypse de Béatus de Liébana, écrit en 1091 par les moines Munnio et Dominico du couvent Santo-Domingo de Silos (près de Burgos) :

« Le travail d’écriture fait perdre la vue, il courbe le dos, écrase les côtes et dérange l’estomac, il fait souffrir des reins et cause des douleurs dans tout le corps […] Comme le marin arrivant au port, le copiste se réjouit d’arriver à la dernière ligne ». 

Bien entendu nous ne sommes jamais arrivés à de telles extrémités car Munnio et Dominico étaient des copistes et enlumineurs professionnels, oeuvrant au minimum 6 heures presque chaque jour. Pour autant, à l’usage, ce fauteuil à bras se révèle extrêmement confortable : maintenu pas les coussins, le dos reste toujours bien droit et l’inclinaison du plan de travail permet de ne pas avoir à se pencher ou à trop incliner la tête. Les légères tensions musculaires que l’on pouvait ressentir après un après-midi de copie ou d’enluminure sont à présent presques inexistantes. Ce fauteuil à bras se révèle donc être un allié formidable : en plus de nous aider à évoquer l’atmosphère des ateliers de copie ou d’enluminure, son ergonomie nous permet d’écrire ou de peindre dans une posture adéquate.

Fauteuil en action

Testé et approuvé par tout l’atelier….

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