Les étapes de fabrication d’un manuscrit médiéval

Posted by Mathilde  janvier 22, 2013  3 Comments »

Voici une initiative très intéressante du Fitzwilliam Museum de Cambridge, qui à mis en ligne depuis peu une animation présentant les différentes étapes de fabrication des manuscrits médiévaux. Pour ce faire, ils se sont basés sur un manuscrit de leur collection, resté en partie inachevé et qui n’est autre que le Pontifical de Renaud de Bar dont je vous ai déjà parlé ici.

Pour expliquer les différentes techniques (préparation du parchemin, copie du texte, peinture, dorure et reliure) des photos ou des vidéos d’artisans réalisant la copie d’un folio de ce manuscrit illustrent chaque étape.  Bonne visite ! (cliquez sur les images pour y accéder) .

msfitzwilliammu

http://www.fitzmuseum.cam.ac.uk

Felicem annum XXIII!

Posted by Mathilde  janvier 04, 2013  4 Comments »

voeux 2013

 Les enluminures proviennent des marges du Bréviaire d’Eté de Renaud de Bar (ms. Verdun BM 107) dont je vous avais parlé ici

Un fauteuil d’enlumineur

Posted by Mathilde  novembre 12, 2012  11 Comments »

S’il est bien un élément de mobilier emblématique du métier de copiste ou d’enlumineur, c’est bien le fauteuil à plan incliné intégré (ou fauteuil à bras mobiles), visible sur de très nombreuses enluminures représentants des copistes ou des enlumineurs au travail. C’est à partir de ce constat survenu lors d’une conversation avec un ami menuisier, Jean-Pierre, que le projet de reproduire un tel meuble est né. Après une longue phase de recherches de sources, force a été de constater qu’aucun fauteuil de la sorte n’est parvenu jusqu’à nous. Par contre de nombreuses miniatures existent, couvrant une vaste période, et représentant tantôt des Evangélistes, des Pères de l’Eglise, des auteurs importants ou des copistes (essentiellement des clercs).

 2011 01

2011 02

 

Cette initiale historiée de la Bible de Hambourg (dont j’ai déjà parlé ici au sujet de l’enseigne de notre atelier et reproduit une miniature ici) nous a apporté des informations supplémentaires, puisqu’on y voit un artisan laïc utilisant ce meuble. Autre détail intéressant : il ne s’agit pas ici d’un copiste mais d’un enlumineur puisqu’il peint un visage sur ce qui semble être un bi folio. Cela peut laisser penser que certains ateliers d’enlumineurs laïcs étaient pourvus d’un tel meuble, de quoi nous inciter à reproduire un tel fauteuil pour le présenter lors de nos sorties avec notre atelier, mais surtout à tester son usage lors de la réalisation d’enluminures tout au long de l’année.

Se posait alors la question de la structure de ces bras mobiles et du montage des différents éléments de bois. En analysant les différentes enluminures, Jean-Pierre a proposé un système des bras montés sur pivots, et reposant sur des fourches. C’est sur ces deux bras que, grâce à des chevilles, que vient se placer le plan de travail. Après plusieurs versions de plans, rendez-vous a donc été pris chez lui dans le Morvan pour une semaine de menuiserie, à tailler des tenons et mortaises dans du chêne, des barreaux dans du hêtre et à fabriquer toute cette structure. Afin d’être facilement transportable, nous n’avons pas mis de repose-pied et les bras ainsi que le plateau peuvent facilement être détachés du fauteuil en lui-même. Après l’ajout de coussins en lin rembourrés de plumes au niveau du dossier et de l’assise, voilà notre fauteuil terminé et prêt à accueillir copistes comme enlumineurs :

fauteuil rettel

En plus de pouvoir présenter ce meuble si typique de ces métiers,nous voulions trouver un plan de travail ergonomique pour réaliser nos manuscrits avec une posture adéquate. En effet le travail du copiste n’est pas de tout repos pour le corps, comme le mentionne un colophon (inscription placée à la fin d’un manuscrit fournissant des indications relatives à sa transciption) du commentaire de l’Apocalypse de Béatus de Liébana, écrit en 1091 par les moines Munnio et Dominico du couvent Santo-Domingo de Silos (près de Burgos) :

« Le travail d’écriture fait perdre la vue, il courbe le dos, écrase les côtes et dérange l’estomac, il fait souffrir des reins et cause des douleurs dans tout le corps […] Comme le marin arrivant au port, le copiste se réjouit d’arriver à la dernière ligne ». 

Bien entendu nous ne sommes jamais arrivés à de telles extrémités car Munnio et Dominico étaient des copistes et enlumineurs professionnels, oeuvrant au minimum 6 heures presque chaque jour. Pour autant, à l’usage, ce fauteuil à bras se révèle extrêmement confortable : maintenu pas les coussins, le dos reste toujours bien droit et l’inclinaison du plan de travail permet de ne pas avoir à se pencher ou à trop incliner la tête. Les légères tensions musculaires que l’on pouvait ressentir après un après-midi de copie ou d’enluminure sont à présent presques inexistantes. Ce fauteuil à bras se révèle donc être un allié formidable : en plus de nous aider à évoquer l’atmosphère des ateliers de copie ou d’enluminure, son ergonomie nous permet d’écrire ou de peindre dans une posture adéquate.

Fauteuil en action

Testé et approuvé par tout l’atelier….

Quelques menus travaux…

Posted by Mathilde  octobre 11, 2012  2 Comments »

Je passe actuellement beaucoup de temps sur plusieurs projets passionnants de calligraphie et enluminure que je vous dévoilerai bientôt. Pour autant, cet été, j’ai pu faire quelques menus travaux, assez rapides à faire et divertissants.

Licorne

Le premier d’entre eux est une petite licorne enluminée, réalisée lors de mon stage d’enluminure pour enfants au Musée de la Cour d’Or. Cette année certains petits stagiaires ont été dispendieux lors de la fabrication des couleurs à base de pigments et de liant : il en restait énormément à la fin de l’atelier et nous devions faire place nette. Qu’à cela ne tienne, le temps de deux pauses-déjeuner j’ai peint ce motif, en me basant sur la licorne représentée sur les plafonds peints au bestiaire du XIIIe siècle conservé dans ledit musée (voir ici un article sur le sujet). 

 licorne

Cette miniature me sera utile pour servir de point de départ pour d’autres stages puisque ce sont les éléments de ces plafonds que je fais reproduire aux enfants lors de mes ateliers (à voir ici). Petit détail qui m’a amusé : les peintures utilisées sont exclusivement composées d’ocre ou de terre, donc des pigments minéraux à base d’argile et d’oxydes, très communs à l’époque médiévale. La couleur verte provient d’une terre verte de Vérone tandis que les ocres rouges et jaunes ont été achetées à Roussillon.

2011hhh01

Autre projet, réalisé en une petite après-midi d’août: un prénom avec initiale filigranée en guise de cadeau de naissance pour notre petit cousin Florian. Les parents ayant gardé secret le nom de l’enfant jusqu’à sa naissance, je n’ai pas pu m’y prendre à l’avance. C’est donc la veille de notre visite que j’ai réalisé ce prénom, en m’inspirant très fortement d’une initiale F du missel de Renaud de Bar, l’un de mes manuscrits préférés.

Florian filigrane

J’adore le travail des lettres filigranées, j’en ai d’ailleurs déjà traité ici. Cela me détend vraiment de tracer à l’encre ces fines lignes qui se tortillent, adoptent les contours des initiales ou formes des antennes et des vrilles. En moins de deux heures tout été terminé et j’ai donc pu offrir cela aux jeunes parents. C’est avec plaisir que j’ai appris que désormais ce prénom ornera la porte de la chambre du chérubin.

Copie de 2011 01-copie-1

Blogroll