Quelques menus travaux…

Posted by Mathilde  octobre 11, 2012  2 Comments »

Je passe actuellement beaucoup de temps sur plusieurs projets passionnants de calligraphie et enluminure que je vous dévoilerai bientôt. Pour autant, cet été, j’ai pu faire quelques menus travaux, assez rapides à faire et divertissants.

Licorne

Le premier d’entre eux est une petite licorne enluminée, réalisée lors de mon stage d’enluminure pour enfants au Musée de la Cour d’Or. Cette année certains petits stagiaires ont été dispendieux lors de la fabrication des couleurs à base de pigments et de liant : il en restait énormément à la fin de l’atelier et nous devions faire place nette. Qu’à cela ne tienne, le temps de deux pauses-déjeuner j’ai peint ce motif, en me basant sur la licorne représentée sur les plafonds peints au bestiaire du XIIIe siècle conservé dans ledit musée (voir ici un article sur le sujet). 

 licorne

Cette miniature me sera utile pour servir de point de départ pour d’autres stages puisque ce sont les éléments de ces plafonds que je fais reproduire aux enfants lors de mes ateliers (à voir ici). Petit détail qui m’a amusé : les peintures utilisées sont exclusivement composées d’ocre ou de terre, donc des pigments minéraux à base d’argile et d’oxydes, très communs à l’époque médiévale. La couleur verte provient d’une terre verte de Vérone tandis que les ocres rouges et jaunes ont été achetées à Roussillon.

2011hhh01

Autre projet, réalisé en une petite après-midi d’août: un prénom avec initiale filigranée en guise de cadeau de naissance pour notre petit cousin Florian. Les parents ayant gardé secret le nom de l’enfant jusqu’à sa naissance, je n’ai pas pu m’y prendre à l’avance. C’est donc la veille de notre visite que j’ai réalisé ce prénom, en m’inspirant très fortement d’une initiale F du missel de Renaud de Bar, l’un de mes manuscrits préférés.

Florian filigrane

J’adore le travail des lettres filigranées, j’en ai d’ailleurs déjà traité ici. Cela me détend vraiment de tracer à l’encre ces fines lignes qui se tortillent, adoptent les contours des initiales ou formes des antennes et des vrilles. En moins de deux heures tout été terminé et j’ai donc pu offrir cela aux jeunes parents. C’est avec plaisir que j’ai appris que désormais ce prénom ornera la porte de la chambre du chérubin.

Copie de 2011 01-copie-1

Renaud de Bar et ses manuscrits

Posted by Mathilde  août 30, 2012  3 Comments »

S‘il est bien un ensemble de manuscrits qui m’émerveille et que je redécouvre sans cesse, il s’agit bien du groupe de magnifiques ouvrages réalisés à Metz à l’attention de l’évêque Renaud de Bar. Je suis depuis de nombreuses années subjuguée par ces précieux volumes et ce n’est vraiment pas par hasard que j’ai décidé de m’intéresser tout spécialement aux ateliers d’enlumineurs dans cette cité vers 1290 – 1310. Voici un peu le contexte lié à cette formidable production artistique ainsi que des liens vers des galeries où ces manuscrits sont feuilletables. Bonne visite!

rdebar

Aujourd’hui dispersés dans toute l’Europe, les manuscrits réalisés pour Renaud de Bar, 69eme évêque de Metz au début du XIVe siècle, constituent de précieux témoignages de la production d’ouvrages enluminés à Metz, mais aussi de la liturgie ainsi que du goût de cet évêque pour les objets de luxe. Fils cadet du comte de Bar, Renaud fut naturellement destiné à une carrière ecclésiastique : il obtint très jeune des prébendes de chanoine à Reims, Beauvais, Cambrai, Laon et Verdun, fut archidiacre à Bruxelles puis à Besançon avant 1298 et princier du chapitre-cathédral de Metz en 1301. En 1302 il fut nommé prévôt de la Madeleine à Verdun et quelques semaines plus tard évêque de Metz. Pour autant, son pontificat fut essaimé de dettes, de démêlés bien souvent armés avec les seigneurs locaux, ainsi que de querelles avec les chanoines de la cité. A sa mort, en 1316 à l’abbaye Saint-Vincent, les rumeurs d’empoisonnement contre ce prélat peu apprécié reflètent sa constante impopularité et ses nombreuses inimitiés.

Bar Prague

Six manuscrits lui ayant appartenu, d’une très grande qualité d’exécution, ont été recensés. On ignore le commanditaire d’une pareille entreprise : s’agit-il de  sa sœur Marguerite, abbesse de Saint-Maur de Verdun à qui appartenait un magnifique bréviaire (BNF Lat. 1029A) ou plutôt de sa mère, Jeanne de Toucy, dont les armoiries figurent à plusieurs reprises dans les marges, à côté de celles de son fils ?

armoiries bar

Quant à la datation de ce vaste ensemble, on s’accorde à penser que la réalisation des manuscrits a débuté avant que Renaud ne soit nommé évêque de Metz. En effet, le Missel de cet ensemble a tout d’abord été conçu pour la liturgie de Verdun, cité où Renaud de Bar était prévôt. Mais des révisions, de la main même du copiste originel, ont adaptés ce manuscrit à la liturgie messine, ce qui daterait cet ensemble de manuscrits d’entre 1302 et 1305.

bar verdun

Hormis le Rituel à l’usage de Metz (BM Metz ms. 43 détruit en 1944), tous les autres éléments sont depuis peu accessibles en version numérisée, permettant d’appréhender un ensemble aujourd’hui dispersé dans plusieurs institutions. Tous sont des manuscrits à usage liturgique (rituel, bréviaire, pontifical et missel), faits pour être utilisés par l’évêque durant les cérémonies et contenants des oraisons, formules de bénédiction et textes sacrés utilisés durant la messe.

verdun bar 98

Le décor y tient une place conséquente : les antennes feuillues et fleuries encadrent les colonnes d’écriture et servent d’appui à des drôleries, tandis que les lettres historiées font écho au texte. Çà et là, des blasons rappellent le lignage de Renaud de Bar tandis que des figures courtoises – musiciens, jeunes gens ou scènes de chasses- occupent les marges inférieures. La qualité de ces décors fait de la cité messine, où ils ont la plupart été réalisés, un centre de production artistique de premier plan dans la première décennie du XIVe siècle.

bréviaire bar

 

Comment vous l’avez peut-être remarqué, mon enthousiasme pour ces manuscrits est tel que j’ai d’énormes difficultés à sélectionner les illustrations de cet article. Je ne peux donc que vous exhorter à visiter ces liens qui mènent vers des galeries quasi-complètes et en haute définition afin de voir par vous-mêmes le contenu de ces volumes. 

lien feuilletage Bréviaire à l’usage de Verdun – volume d’Eté  (BM Verdun ms. 107)                                  
lien feuilletage  Bréviaire à l’usage de Verdun – volume d’Hiver (Yates Thomson ms. 8)
lien feuilletage Missel à l’usage de Verdunrévisé pour Metz (BM Verdun ms. 98)
lien feuilletage Pontifical à l’usage de Metz – 1ere partie (Fitzwilliam Museum Cambridge, ms. 298)
lien feuilletage  Pontifical à l’usage de Metz  – 2eme partie (Prague, Bibliothèque nationale, ms. XXIIIC 120)

marge

Vidéo de l’atelier

Posted by Mathilde  juillet 22, 2012  3 Comments »
Dans mon dernier article je vous parlais avec émerveillement de l’installation de notre atelier au coeur même d’une maison médiévale, à Rettel. Afin de vous faire ressentir également l’atmosphère de cette journée, voici une courte vidéo présentant les différentes étapes de la production d’un livre.
Bonne visite virtuelle!
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Une journée à Rettel

Posted by Mathilde  juin 02, 2012  3 Comments »

atelier rettel

 

Le 1er mai dernier, nous avons eu l’opportunité d’animer pour une journée l’une des pièces d’une maison médiévale non loin de chez nous, à Rettel. Cette maison, à la façade de pierre qui a conservé sa structure intérieure à pan de bois, a été construite au XVe siècle et aurait appartenu à des bateliers sur la Moselle. Elle a ensuite fait partie des biens d’un couvent avant d’appartenir à des particuliers. C’est en 1986 que la municipalité fit son acquisition et la restaura progressivement, avec le concours de l’association des Amis de la Maison de la Dîme.

rettel

C’est donc tout émerveillés par cette vénérable bâtisse que nous nous sommes installés dans la grande salle, en compagnie de notre amie Anne venu nous prêter main forte. Tous trois nous expliquions les différentes étapes de la fabrication d’un livre à l’époque médiévale : Anne présentait la copie des textes, je faisais de l’enluminure tandis que Goscelin inaugurait son atelier de reliure médiévale.

 

La copiste   Le relieur

Grâce à l’authenticité des lieux, l’atmosphère qui régnait sur nos trois ateliers était vraiment particulière : la douce lumière filtrant au travers de volets de bois, le bruit de nos pas sur le plancher, les couleurs des murs chaulés, tout nous conviait à nous soustraire de notre quotidien. Rajoutez à cela l’accueil très chaleureux des bénévoles de l’association entretenant la maison, et vous obtenez une merveilleuse journée !

Anne et Goscelin

 

Pour voir des photos supplémentaires: Accès album photo

 

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