Réalisation d’une reliure souple

Je laisse à nouveau la parole à Goscelin pour présenter son dernier travail en reliure, certes un peu moins fastieux que le codex en cuir rouge dont il a parlé ici, mais ô combien intéressant puisque représentant un type de reliure très courant à l’époque médiévale. 

Dans un précédent article, nous avons présenté un codex relié avec les techniques en usage vers 1300. Il s’agissait de la reliure à ais de bois, qui représente la majorité des livres de prestige à l’époque médiévale. Mais parallèlement à ce type d’ouvrages, coûteux, il existe une reliure destinée aux livres d’usage plus courant comme des archives ou des livres de comptes. Je devrais dire des reliures, tant ce qu’on regroupe sous l’appellation « reliures souples » peut se décliner sous diverses formes : il existe différents types de couverture (cuir, parchemin, voire même tissu),  de couture (sur nerf ou sans nerfs, en cuir, en bande de parchemins…).

reliure souple

Elles ont toutefois en commun l’absence d’ais de bois, les couvertures étant uniquement constituées de cuir ou de parchemin. Souvent, il s’agissait de parchemin de réemploi, tradition qui a perduré bien après le Moyen-Âge. En effet, dès la Renaissance, des parchemins dont le texte et les enluminures nous sembleraient aujourd’hui d’une grande valeur n’étaient souvent considérés qu’avec désintérêt. Seule la matière première dont ils étaient constitués, le parchemin, avait de la valeur : on les réutilisait alors en tant que claies (pages de garde), ou bien comme ici, en couverture. Témoin, cet ouvrage conservé à la Bibliothèque Municipale de Metz : relié à l’époque moderne, sa couverture est un feuillet de parchemin du XIVe siècle

reliure bm

Le livre que j’ai créé est destiné à être utilisé en tant que carnet de croquis, que nous nous efforcerons de remplir de dessins à la mine de plomb  et à l’encre comme a pu le faire Villard de Honnecourt, cet architecte du XIIIe siècle célèbre pour ses croquis. J’ai utilisé une couverture de réemploi, ce qui devait être facile à se procurer dans un atelier du livre. Il s’agit ici d’une page ayant servi d’essai de calligraphie et qui n’a plus d’utilité aujourd’hui. Cela donne au carnet une allure un peu brouillonne qui dénote beaucoup avec mes précédentes réalisations, mais qui est cohérent avec son usage.

reliure souple 2

Les feuillets sont reliés en nœuds de capucin : cette méthode, utilisée du Moyen-Âge au XVIIIe siècle, consiste à fixer les cahiers par une bandelette de parchemin. Celle-ci, ressortant du dos du livre par deux trous, est humidifiée et tortillée sur elle-même. En séchant, le parchemin se rétracte et maintient fermement les feuillets en place. Afin de ne pas fragiliser le dos à force de manipulation de l’ouvrage, il était courant d’ajouter un rectangle de cuir sous les bandelettes.

noeud capucin

Cette méthode est adaptée aux livres d’archives susceptibles de recevoir à tout moment des feuillets supplémentaires en petites quantités : il suffit alors de percer deux nouveaux trous et de fixer les feuillets à l’aide de bandelettes supplémentaires.

Il s’agissait là de mon premier essai de reliure souple, mais j’espère explorer la richesse de ce type d’ouvrage avec de prochaines réalisations.

3 réponses à “Réalisation d’une reliure souple”

  1. Guyrault dit :

    Bonjour à tous les deux. Je n’avais jamais eu l’occasion d’étudier ce système de reliure. Intéressant.

    Amicalement, Guyrault

  2. Dame Chlodyne dit :

    Chère Mathilde,

    Ce petit coucou pour te dire que dans le prochain Histoire et Images Médiévales (n°49), tu pourras trouver mon article sur Deux Vaisseliers de peintres. Il y a plus de vingt récipients cités,
    certains sont décrits avec les pigments dont ils servent de contenants. Si tu décides de faire refaire quelques uns de ces récipients, fais-nous un article pour nous montrer ces pièces !

    Amitiés,

    Dame Chlodyne

  3. […] sur laquelle les cahiers sont fixés  à l’aide de lanières de parchemin en nœuds de capucin (comme dans cette précédente réalisation) pour insister sur l’aspect « carnet de voyage ». Il n’est pas impossible que Villard aie […]

Blogroll