Réalisations d’après le Bréviaire de Renaud de Bar


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L’un des plus beaux manuscrits lorrains est, à mes yeux, le Bréviaire de Renaud de Bar (ou plutôt les 2 volumes du bréviaire de cet évêque de Metz). Il semble incarner pour moi l’essence même de ce qu’est un manuscrit médiéval avec son épaisse écriture gothique (une textura quadratta), ses lettres historiées, ses bouts de lignes et ses marges souvent amusantes. Aussi, depuis plusieurs années, je m’efforce de m’inspirer de cette merveille pour réaliser mes propres enluminures, selon les méthodes traditionnelles (pigments naturels, tempera, feuille d’or, parchemin de chevreau, etc…). C’est une magnifique source, qui permet une grande diversité des thèmes et je m’en sers également pour la réalisation de mes costumes.

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Un peu d’histoire:

 

Le Bréviaire de Renaud de Bar est en fait composé de deux codices: le codex d’été est actuellement conservé à la bibliothèque municipale de Verdun (manuscrit BM 107 visible ici sur la base Enluminures) et le Bréviaire d’Hiver, conservé à la British Library ( visible ici sous la côte Yates Thompson 8). Il a été réalisé à Metz vers 1302-1303, probablement par une équipe d’enlumineurs franco-anglais, pour Renaud de Bar (mort en 1316). Ce dernier devint abbé de l’abbaye Sainte-Marie-Madeleine de Verdun en 1302 et évêque de Metz en 1303. Selon certaines hypothèses, le commanditaire du manuscrit serait la soeur de Renaud, abbesse bénédictine verdunoise. Mais selon d’autres, le manuscrit aurait été commandité par la mère de Renaud, Jeanne de Toucy (dont les armes sont présentes à de nombreuses reprises au fil des folios). Le volume conservé à Verdun est inachevé: de nombreux dessins sont seulement exécutés à la mine de plomb, ce qui permet de voir les diverses étapes de réalisation. Cet état d’inachèvement  résulte peut être de l’élection de Renaud de Bar en tant qu’évêque de Metz: en effet le Bréviaire avait été réalisé  à l’usage de Verdun et il ne l’a sans doute pas réutilisé dans la cité messine. Quoiqu’il en soit, ces codices montrent la richesse culturelle qui régnait à Metz à l’extrême fin du XIIIe siècle, la haute technicité dont étaient capables les copistes et enlumineurs de cette ville ainsi que l’influence d’un maître anglais dans la peinture.

Mes réalisations:

De mon côté, étant messine et reconstituant la fin du XIIIe siècle, je me suis inspiré du Bréviaire à plusieurs reprises, surtout de sa partie d’été. Alors voici tout d’abord un Ave Maria dont l’enluminure est issue du Psautier de Renaud de Bar:

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A l’origine, comme vous pouvez le constater, cette lettrine historiée  n’accompagnait pas ce verset de saint Luc mais j’ai pris cette liberté, puisque la scène représentée (une Annonciation) correspond avec ce passage des Evangiles. J’ai quelque peu simplifié le dessin et modifié quelques couleurs. Cette enluminure a été faite sur parchemin de veau, la voici (la photo est un peu pâle) :

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Ensuite j’ai réalisé un détail d’un décor marginal. Cette scène représente des chiens assiégeant une ville défendue par des lapins. J’ai trouvé ce thème drôle et frais et l’ai donc reproduit sur un petit morceau de chevreau, en apportant un soin particulier aux pelages des animaux.

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Mais quelques temps plus tard, quelle ne fut pas ma stupéfaction en découvrant la connotation de cette scène dans le magnifique ouvrage « Le Moyen-Age en lumière ». Voici ce qui est dit au sujet de cette scène: A partir de la fin du XIIIe siècle, dans le décor des marges, le thème de la chasse et celui du siège d’un château constituent fréquemment une allusion à la conquête amoureuse. Hommes et femmes y sont remplacés par des animaux : oiseaux de proie et gibier à plumes, ou bien, comme ici, chiens et lièvres ou lapins. Dans la symbolique médiévale, le lièvre (qui passe parfois pour hermaphrodite) a une forte connotation sexuelle et le « connin » (lapin) évoque directement le sexe de la femme. J’étais loin de me douter de tout cela lors de la réalisation !!!

En tout cas, la multitude d’enluminures que proposent ces manuscrits est stupéfiante et m’inspire encore beaucoup, j’ai déjà quelques projets en tête, qui se concrétiseront avec le temps… D’ici-là n’hésitez pas à aller dans mon album photo intitulé « Réalisations » pour les voir en meilleure définition et SURTOUT allez voir les originaux sur les bases de données :

Pour le Bréviaire d’été : la Base Enluminures (aller dans Verdun, manuscrit 107)

Pour le Bréviaire d’hiver :base de la British Library.

8 réponses à “Réalisations d’après le Bréviaire de Renaud de Bar”

  1. Comme tu le sais… Je préfère dire ce qui ne va pas, afin que tu puisses améliorer tes oeuvres. Bon, ben… Simplifier les visages fait que l’enluminure a perdu énormément de son caractère. Il y a des conventions de représentation des visages à toutes les époques, et là… Rien. C’est à dire qu’il n’y a pas de maîtrise de l’image XIIIème siècle. Il faut absolument que tu travailles tes visages. Allez hop, un carnet, un crayon, et tu copies la façon de faire les yeux, la bouche, le nez, jusqu’à ce que ça devienne naturel, et ce sera de l’enluminure XIIIè, et pas des perso de BD perdus dans une enluminure 🙂
    Eh oui, c’est chiant, les historiens de l’art… Surtout les anciens Wirthiens… 😀
    Faut jamais me demander mon avis, voyons !!! 😉
    (euh, la disparition du lys dans le vase est aussi une très mauvaise idée… Etant donné la forte symbolique du lys. Là, le vase ne sert plus à rien du tout, sans son lys. Tu dois aussi faire gaffe à la façon dont tu représentes ta feuille, celle qui termine la barre horizontale du A. Il n’y a plus de logique décorative. Les drapés… Fichtre, Wirth nous a bassiné avec ça, comme moyen de datation. Là, ça ne ressemble plus à rien… Tu as la maîtrise technique, tu dois maintenant te décider à passer à la maîtrise stylistique, si tu veux faire un atelier XIIIème. Bien sûr, la quasi totalité des gens ne remarqueront rien, mais il y aura toujours des historiens de l’art méga chiants…)

    Au boulot ! 😉

  2. Goscelin dit :

    On ne peut pas donner entièrement tort à Tina Ze Chieuse, il y a encore du travail à faire 🙂 Mais avant de parler de ce qui va pas, il serait injuste de passer sous silence ce qui va bien, très bien même. La qualité des tracés, la beauté des couleurs, la maîtrise de la technique en général sont à mon sens déjà largement au dessus de ce qu’on peut trouver dans bon nombre de fêtes médiévales. Ce qui n’empêche pas que tout ça gagnerait encore plus à être amélioré, c’est sûr !

    J’admire beaucoup le résultat de tes oeuvres aujourd’hui, et je t’encourage à progresser encore plus pour pouvoir admirer encore plus les résultats futurs !

  3. En technique, c’est OK…
    Maintenant, il faut comprendre ce que l’on fait.
    Vu le résultat, il ne faut pas se leurrer : ça ne peut en aucun cas être considéré, de près ou de loin, comme une production sortant d’un atelier d’enluminures du XIIIème, ou de n’importe quand au Moyen Age. Les défauts stylistiques et iconographiques sont trop énormes.
    Faut se mettre à bosser le sens de l’image, maintenant, et le style.
    Sinon, il faut laisser de côté toute notion d’historicité…
    Ca ne sert à rien de maîtriser la technique, les matières, si c’est pour faire quelque chose qui ne correspond pas à ce qui se faisait à l’époque. Autant prendre de la gouache… Il est essentiel de comprendre pourquoi les éléments sont là dans l’oeuvre originale, ce qu’ils veulent dire, ce qui est caractéristique de l’époque… La disparition du lys -et la dégaine du pauvre pot de fleur restant- c’est en fait gravissime d’un point de vue iconographique. Un inquisiteur qui passe, et c’est l’accusation d’hérésie direct. (eh oui, j’ai une réputation de terreur auprès de mes élèves… On se demande bien pourquoi… Je ne les laisse pas s’endormir sur leurs lauriers.)

  4. dame chlodyne dit :

    j’ai trouvé une liste de sources de manuscrits pour ta région et ta période, je pense que tu connais déjà le lien mais je te le donnes au cas où : http://vrcoll.fa.pitt.edu/stones-haa1210/MetzTalk/MetzPaper.html

  5. dame chlodyne dit :

    et bien merci mathilde, je veux bien ton aide.
    Il me faut choisir deux costumes médiévaux français. Peut-être un représentatif du XIIIème siècle, l’autre du XIVème ? Un costume quand je peinds du XIIIème et un autre quand je peinds du XIVème. Maintenant c’est dur de choisir une région. à priori ce serait plutôt le nord de la France pour le XIIIème et Paris pour le XIVème. Qu’en penses-tu ?

  6. dame chlodyne dit :

    mille merci mathilde pour ces deux références iconographiques.
    quand au travail de la troupe allemande malheureusement c une langue qui m’est étrangère. donc c dur de voir ce qu’ils font
    j’ai posté sur le forum la joieuse aguille, j’attends aussi leur aide.
    médiévalement

  7. martine von scarpatetti dit :

    Bonjour,

    Je vous félicite pour votre site. Il est seulement magnifique. Il y a beaucoup de tendresse, et de respect dans vos propos, cela fait du bien. Nous sommes au printemps, et votre site s’y prête
    bien, il est frais, joyeux, rempli d’enthousiasme. J’adore. Je suis une profonde « mordue » de l’enluminure et de la calligraphie. J’ai passée une soirée sur votre site largement supérieure à celle
    que j’aurais passée devant la Télé (heureusement n’existait pas au Moyen-âge, où serions sans cela!!!! » Bonne suite à vous, et votre compagnon que vous gâtez…

    Merci également pour tous les sites en référence. J’ai usée ma cartouche d’encre couleurs!!!!

    Bonne suite. Tout de bon à vous deux et encore un très grand merci.

    Meilleures salutations.

    Martine von SCARPATETTI

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