Un véritable manuscrit médiéval (2eme partie)

Après avoir décrit dans un premier volet les éléments écrits présents sur un feuillet manuscrit en ma possession, voici venu le temps de s’intéresser au support de l’écriture. Ce feuillet présente en effet de indices permettant d’appréhender la fabrication et l’utilisation du parchemin pour les manuscrits, ainsi que le remploi de ce matériau à d’autres fins.

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  • Le support :

Ce qui étonne souvent est la présence de plusieurs entailles dans la surface du parchemin, bordées de traces de points de couture. Ces coupures sont antérieures à la copie puisque le copiste les a contournées.  Elles ont été faites accidentellement lors de la transformation de la peau en parchemin : en effet, pour retirer la chair ou les poils, la peau est grattée avec un outil tranchant appelé lunarium. Parfois, la lame peut traverser totalement la peau. Ce type d’accident peut être en partie réparé par un ravaudage : une couture est alors faite afin de rapprocher les bords du trou ou de la déchirure. Ces coutures peuvent être très simples ou revêtir comme parfois des formes très décoratives ( quelques exemples brodés sont visibles ici).

préparation parchemin

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  • Le remploi du feuillet de parchemin:

Plusieurs éléments indiquent que cette page a été réemployée dans une reliure souple, à l’image de ce que Goscelin avait réalisé il y a quelques années. Tout d’abord, de multiples incisions au milieu de la page laissaient passer un système d’attache des cahiers (nerfs, nœuds de capucin, etc.). Pour plus de solidité, la page n’a pas été retaillée aux dimensions du registre mais repliée, afin de lui donner plus de rigidité. Il est aisé de déterminer le côté exterieur de la reliure, il s’agit du plus abîmé et bruni par le temps.

 schema reliure

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Le remploi des manuscrits liturgiques était chose courante : la liturgie changeait ou les manuscrits devenaient trop anciens et abîmés. Pour autant, le parchemin est une matière qui peut se prêter à bien des usages par sa solidité et sa rigidité, et qui peut donc être réutilisé. La reliure est de loin l’usage le plus courant réservé aux manuscrits jugés trop anciens (en tant que couverture ou  pages de gardes), mais elle n’est pas la seule. Par exemple, Eric Kwakkel, dans son excellent blog, présente un remploi de page en guise de doublure de mitre (à lire ici) conservé à Copenhague, tandis que d’autres manuscrits ont été utilisés à la fin du XVe siècle par les moniales du couvent de Wienhausen, en Allemagne, afin de doubler les vêtements des statues du monastère pour leur conférer plus de rigidité (à voir ici).

 remploi

Une petite mention en écriture moderne, située sur le côté qui servait à l’extérieur de la couverture nous apporte une information supplémentaire sur le volume conservé dans cette reliure. A moitié effacée, on voit l’inscription « Depuis 1617 jusque 1676 ». Cette page, remployée à l’époque moderne,  a donc servi de couverture à un registre (par exemple paroissial). Ce n’est que plus tard encore qu’elle a été à nouveau détachée pour être placée dans un cadre, celui-là même que Poince s’est procuré et m’a offert il y a quelques mois…

mention reliure

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