Une minuscule double-page

Lorsque j’évoquais, dans cet article sur une page inspirée d’un psautier-livre d’heures de la fin du XIIIe siècle, le challenge qu’avait représenté la réalisation des petits animaux logés dans les rinceaux, j’étais à mille lieues de me douter que j’irai encore plus loin dans le défi du minuscule. C’est aujourd’hui chose faite avec cette double-page s’inspirant d’un livre d’heures issu du même courant stylistique que ma précédente réalisation.

Pourtant ici, les personnages sont moins élancés et les rinceaux des bordures apparaissent moins foisonnants. Cette simplification des décors est due aux dimensions minuscules du manuscrit, puisque chaque folio ne mesure que 43 mm sur 58mm. Ces manuscrits minuscules (également appelés nains) pouvaient être facilement transportés par leurs propriétaires qui pouvaient les porter à la manière d’un talisman ou dans les plis de leurs vêtements. La reine Jeanne d’Evreux possédait ainsi un livre d’heures minuscule (92 x 62mm) réalisé à Paris entre 1324 et 1328 par Jean Pucelle, tout comme Anne de Bretagne dont les Très Petites Heures (66 x 46 mm) ont été réalisées vers 1498 (Ms. BnF NAL 3120).

Photo extraite d’Enlumineurs messins du XVe siècle, p. 57. Les couleurs sont bien plus jaunes que sur l’original, que j’ai consulté à la BnF.

Conservé à la Bibliothèque nationale de France, le livre d’heures qui m’a servi de modèle est adapté à la liturgie du diocèse de Metz. Son état est malheureusement lacunaire et seules deux initiales historiées subsistent, représentant l’Arrestation du Christ (en ouverture des Laudes de l’Office de la Vierge) et la Crucifixion (ouvrant l’office de Sexte).

C’est cette dernière que j’ai reproduite, à la même échelle (l’initiale en elle-elle-même mesure 20 x 25 millimètres). Autant dire que les visages de la Vierge, de Jean et du Christ m’ont causé quelques sueurs froides! En les réalisant j’ai eu une énorme pensée pour l’enlumineur qui, il y a 700 ans de cela, devait faire de même, mais avec un rythme de travail bien plus soutenu. 

La palette de couleur utilisée est sensiblement la même que celle du psautier-livre d’heures Metz BM 1588, de même que le traitement franc des plis des vêtements. J’avoue apprécier toujours autant ce style et prendre un véritable plaisir à m’en inspirer. La prochaine consistera à l’intégration de cette double-page dans un livre d’heures complet, mais il s’agit d’un travail de longue haleine!

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