Une reliure pour le Roman de Renart

Il y a un peu plus d’un an, Mathilde terminait un feuillet calligraphié et enluminé d’un Roman de Renart de la première moitié du XIVe siècle. Afin de protéger sa réalisation, mais également de la présenter dans notre atelier, j’ai conçu une grande reliure (20 x 28 cm) pour l’accueillir. Ces dimensions sont bien différentes des petits ouvrages qui j’avais relié jusqu’alors, comme ce petit psautier recouvert de cuir rouge [lien], et cette nouvelle reliure donne une bonne impression de l’allure d’un livre de prestige à la fin du XIIIe siècle, digne de figurer en bonne place sur un lutrin.

Vue générale fermée

Les différents feuillets qui composent l’ouvrage ont été cousus sur quatre nerfs, grâce à une couture en chevrons. Ces nerfs ont ensuite été fixés sur des ais de chêne, que j’ai ensuite recouverts d’un cuir de chèvre très fin et au rendu lisse et brillant, ensuite teinté dans un bleu intense, comme les peaux teintes à l’indigo. Cette couleur peut nous paraître surprenante mais n’oublions pas que les couleurs vives sont à la mode à cette époque. De nombreuses miniatures représentent des reliures très colorées, comme vous pouvez le voir sur cette séléction d’images ci-dessous, sans que l’on puisse distinguer s’il s’agit de reliures d’étoffes ou de cuir. De plus, J.A Szirmai présente dans son ouvrage, Archeology of the bookbinding, de nombreux livres recouverts de cuirs de couleurs (rouge, jaune, bleu…). Le manuscrit 2861 de la Bibliothèque Universitaire de Bologne présente quant à lui une recette pour teindre le cuir en bleu avec de l’indigo mêlé à du vinaigre, appliqué à l’aide d’une brosse ou d’une patte de lièvre (recette numéro 337). Ce type de teinture pouvait être appliqué une fois le cuir mis en place sur les ais de bois.

 Sources manuscrits

Viennent ensuite les différents éléments qui ornent les plats de la reliure. A l’aide d’un plioir, j’ai tout d’abord tracé un réseau de lignes, les filets, qui ressortent joliment à la lumière. Puisqu’il s’agit d’une reliure de prestige, et aux vues de ses dimensions, différents éléments de décoration en laiton viennent s’ajouter sur la surface.  Elles ont toutes été fabriquées sur mesure par Marco de Labor Temporis :

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  •  Sur chaque plat, quatre boulons (ou bouillons) ont été placés. Il s’agit ici de clous saillants fixés sur le plat et dont la pointe est rivée à l’intérieur de l’aie. Ces éléments ont tout d’abord un usage pratique : en effet, les livres étaient alors conservés posés à plat dans des coffres ou dans des armoires. Les boulons protégeaient le cuir de la couverture des détériorations dues aux frottements.

 Détails

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  • Le fermoir permet quant à lui de conserver le livre bien fermé pour éviter que ses feuillets de parchemin ne se déforment et se gondolent avec le temps. Il se compose de trois éléments : une lanière de cuir se terminant par une patte métallique, une agrafe et une contre-agrafe (un tenon). Pour l’attraper facilement, j’ai accroché dans l’anneau de l’agrafe une tresse de cuir bleu.

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Après toutes ces étapes de couture, de façonnage des aies de bois, de travail du cuir de couverture et de fixation des éléments métalliques, la reliure est désormais terminée. Le codex ainsi terminé est un véritable écrin à la hauteur du bifolio enluminé qu’il renferme!

Vue générale ouverte

livre bleu def

Pour en savoir plus: 

J.A. Szirmai, The Archaeology of Medieval Bookbinding.

Sur le manuscrit de Bologne : Francesca Muzio, Un trattato universale dei colori : il ms. 2861 della Biblioteca universitaria di Bologna

Une réponse à “Une reliure pour le Roman de Renart”

  1. hajer dit :

    Wow, très original et royal.
    J’ai trop aimé la reliure et surtout pour une roman pareil.

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