Une Vierge à l’Enfant

ette page enluminée tient une place particulière parmi mes réalisations puisqu’elle puise son  inspiration dans l’un de mes manuscrits préférés, que j’ai pu tenir entre les mains et analyser à plusieurs reprises. Il s’agit d’un psautier-livre d’heures réalisé dans la dernière décennie du XIIIe siècle et destiné à la dévotion personnelle d’une laïque du diocèse de Metz. Acquis en 1996 par la bibliothèque municipale de Metz, cet ouvrage de dévotion est le chef-d’œuvre d’un ensemble composé de plusieurs manuscrits réalisés dans les ateliers messins vers 1290 ainsi que d’une charte enluminée destinée à l’abbaye Sainte-Glossinde de Metz, datée de 1293. Les décors des manuscrits issus de ce groupe se caractérisent notamment par des encadrements se terminant par des spirales, des motifs de fleurettes blanches à 5/6 pétales ainsi que des personnages aux petites pommettes rouges très marquées.

 

 

Aux dix-sept grandes initiales historiées ouvrant les différentes parties du Psautier et les heures liturgiques des Offices, s’ajoutent de très nombreuses petites initiales présentant des personnages en prière ainsi que des bas-de-page animés par de foisonnantes drôleries présentant des scènes de la vie quotidienne (chasse, bergers,…), des êtres hybrides ou des animaux. J’ai jeté pour ma part mon dévolu sur le folio 183, présentant le début de l’Office de la Vierge, élément central du livre d’heures. Cet office s’ouvre sur une grande initiale S abritant une Vierge à l’Enfant devant laquelle une femme, probablement la destinataire du manuscrit, se tient en prière. En réponse à sa supplication, le Christ dépose une couronne, symbole du Salut, sur la tête de la femme. Le jeu des regards entre les figures sacrées et la femme met également l’accent sur la réciprocité de la dévotion et sa finalité.

 

 

Dans les rinceaux en spirale de la partie inférieure de l’encadrement, trois chiens poursuivent un lapin qui se cache dans le feuillage. Aux vues des dimensions réduites du psautier – livre d’heures (100 x 135 mm), tout ce petit monde ne mesure que quelques millimètres, ce qui a été un sacré challenge à reproduire. Imaginez le travail de l’artiste original qui a réalisé un livre entier d’enluminures de ce type !

 

 

La réalisation de cette page a été un véritable plaisir de par la délicatesse qui se dégage des personnages et l’intensité des couleurs. Elle m’a également permis de déceler certains aspects que je dois travailler afin de m’améliorer.  J’ai beaucoup aimé peindre le fond bleu carroyé, avec ses nombreux petits détails blancs et rouges. Le fait d’avoir pu tenir le manuscrit entre mes mains m’a permis également de distinguer les différents types d’or utilisés: de la feuille d’or appliquée sur une assiette bombée pour le manteau de la Vierge et de l’or à la coquille pour de plus petits détails comme la couronne que tient le Christ. J’ai vraiment apprécié de m’inspirer de cette page car ma façon de peindre se rapproche du style de cet atelier. Je vais donc essayer, pour de futures réalisations, de puiser encore dans les œuvres, nombreuses et variées, qui en sont issues.

 

 

 

 

L’intégralité de ce manuscrit est visible sur la Bibliothèque virtuelle des manuscrit médiévaux (BVMM) via ce lien.

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