Une miniature d’après la bible de Hambourg

Profitant d’un peu de temps libre, je viens de terminer un bifolio que j’avais entrepris au printemps dernier avec l’aide de Goscelin, inspiré d’un initiale de la Bible de Hambourg, un magnifique manuscrit mi-XIIIe siècle.


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Le choix de cette lettre historiée n’est pas anodin : en plus de son aspect esthétique, cette miniature permet d’évoquer l’une des étapes de la fabrication d’un codex, à savoir l’achat du parchemin. En effet on y voit un moine (ou saint Jérôme d’après certaines interprétations) choisissant le support adéquat : les parchemins sont représentés roulés ou étendus sur un cadre.

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Hambourg 01

La  présence d’une telle image au sein de notre atelier nous permettra d’évoquer bien plus facilement la fabrication du parchemin et sa commercialisation. D’ailleurs les diverses initiales historiées de ce manuscrit sont d’excellentes sources sur les étapes successives de fabrication d’un manuscrit.

La Bible de Hambourg :

parcheminhambourg

Il s’agit d’une Bible latine, copiée sur parchemin, composée de trois gros volumes. Outre ses lettrines illustrées de scènes tirées de livres de la Bible, la Bible de Hambourg comporte aussi une série de représentations montrant comment les livres étaient fabriqués au Moyen-Âge, depuis la production et la préparation du parchemin, jusqu’aux différentes étapes de la copie et de la réalisation des enluminures. Le motif du moine plongé dans son travail de copie se retrouve fréquemment dans les livres médiévaux, mais les représentations des autres étapes de la production des manuscrits sont plutôt rares, ainsi que la représentation d’artisans laïcs comme le parcheminier ou l’enlumineur. L’ecclésiastique présent sur ces miniatures pourrait être Saint-Jérôme, qui a traduit la Bible en latin (la Vulgate), ou des représentations de l’apôtre Paul.

La Bible de Hambourg a été copiée à Hambourg en 1255 par un certain Carolus, à la demande de Bertoldus, Doyen du Chapitre de Hambourg. Les noms des deux hommes apparaissent dans une dédicace en vers présente dans les trois volumes. Toutefois, l’artiste à qui l’on doit les 89 lettrines historiées n’est pas nommé. La Bible de Hambourg a été acquise par la Bibliothèque royale du Danemark en 1784, lors d’une vente aux enchères de livres appartenant au Chapitre de Hambourg.

 

BibleHambourg

Réalisation du bifolio :

Notre but était de réaliser un bifolio, que l’on puisse aisément placer dans un codex existant. Malheureusement, nous 
n’avons trouvé aucune photographie du texte en entier. Il a donc fallu l’identifier à partir des quelques fragments de mots présents sur les photographies disponibles. Après quelques recherches, nous avons découvert qu’il s’agissait d’une lettre de saint Jérôme commentant le Livre de Daniel et avons pu reconstituer le texte, qui contient quelques abréviations courantes en latin.

elementstechniques

La réalisation du bifolio a été faite à quatre mains, tirant partie des points forts et des disponibilités de chacun. Goscelin a réalisé les réglures à la pointe sèche et au piquoir pour pouvoir faire la mise en page. J’ai recopié le texte (à posteriori je trouve le module d’écriture un peu trop gros, j’écrirai plus petit la prochaine fois) et réalisé la rubrique (le texte en rouge qui serait l’équivalent de nos titres actuels). Puis Goscelin a dessiné l’initiale, j’ai réalisé les aplats et posé la feuille d’or puis il a peint les plis des vêtements et les visages. Enfin, j’ai fait le motif de feuillage sur la lettre en elle-même, ainsi que les réhauts blancs. Cette étape est visible sur cette courte vidéo, qui restitue plutôt bien l’atmosphère dans laquelle nous enluminons.

 

Après cette étape, il a fallut réaliser les cernages et les motifs à l’or en coquille sur le cadre rouge. Ces motifs ne sont pratiquement plus visibles sur l’original mais ils subsistent sur le fond bleu au sommet de la lettrine. C’était pour moi l’occasion de m’essayer à peindre à l’or en coquille (il s’agit en fait d’une poudre de feuilles d’or et de gomme arabique), qui s’est révélé être un médium très agréable à travailler.

Liens :

Quelques photographies du manuscrit sur le site de l’Unesco : http://portal.unesco.org/ci/photos/showgallery.php/cat/922

3 réponses à “Une miniature d’après la bible de Hambourg”

  1. Peavey dit :

    Un seul mot : magnifique !
    Quel travail de fourmi, c’est stupéfiant.
    Combien de temps effectif avez-vous passé tous les deux pour cette réalisation ? Quel type de papier utilisez-vous ?

    Encore bravo.

  2. Robert du Foirail dit :

    Bonjour, d’abord merci pour votre site, vraiment très bien. J’étais peintre en lettre il y a quelques années, maintenant j’habite une bastide en Dordogne, je démarre la pratique de la calligraphie
    sur mes premières médiévales, et je suis à la recherche d’une poudre que l’on utiliser à cette époque pour sécher l’encre, je pensais à la craie mais je ne suis pas sùr, merci de prendre ma demande
    en considération.
    Amicalement votre.
    Robert du Foirail

  3. […] La réglure a lieu amont de la copie d’un texte sur un feuillet de parchemin : elle consiste à tracer un certain nombre de lignes qui ont pour fonction de délimiter la surface à écrire et de guider l’écriture. Il s’agit véritablement de l’ossature de la mise en page, à l’image de l’actuel quadrillage Seyès bien connu des écoliers. La première étape consiste à piquer le parchemin, à l’aide d’un canif ou d’un poinçon, afin de former les extrémités de lignes rectrices sur lesquelles toute la mise en page va s’appuyer. On peut ensuite passer à l’étape du traçage des lignes, comme le fait ce saint (probablement saint Jérôme) sur cette lettre historiée de la Bible de Hambourg (pour en savoir plus sur ce manuscrit). […]

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